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Histoire littéraire Bibliothécaire en armes

mars 2005 | Le Matricule des Anges n°61 | par Gilles Magniont

Éditées en douze exemplaires lors de leur parution, les « Considérations » de Gabriel Naudé exhument les multiples figures de l’art de gouverner sans foi ni loi.

Considérations politiques sur les coups d’état

Pendant que Descartes s’apprête à renverser la scolastique et à faire du passé table rase, le libertin Gabriel Naudé (1600-1653), au service de Mazarin, ourdit le plan d’une bibliothèque encyclopédique et souveraine. Foin des réformes spirituelles ! La tradition offre des armes puissantes, et la passion des livres n’est pas le fait des seuls contemplatifs. Le savoir humain n’est ni la momie dans ses bandelettes ni la pucelle dans ses voiles : il est possible de le transmettre vivant et sans niaiserie. La bibliothèque de Naudé est à l’image de son créateur ; il la veut affranchie de toute censure, exprimant toute la maturité dont est capable l’esprit humain. Aussi ne faut-il pas prendre les Considérations politiques sur les coups d’État pour ce qu’elles paraissent à première vue, c’est-à-dire des artifices compilatoires : si les Considérations sont nées de la fréquentation d’ouvrages dénichés chez les bouquinistes au bénéfice de Mazarin, elles sont aussi le canal par lequel vont passer discrètement des pensées d’auteurs mis à l’index. Habitué des cours et de leurs intrigues, c’est sous le masque de l’érudition que Naudé livre au public les théories machiavéliennes, lesquelles dévoilent l’art de prendre et de conserver le pouvoir. La liberté de penser ne se clame pas, son arme est la ruse et non l’affrontement direct ; chez Naudé, elle évolue à couvert des Philippiques de Cicéron ou des Satires de Juvénal, des Epîtres de Sénèque ou des Histoires de Tacite.
En évoquant l’infatigable chasse aux grimoires du bibliothécaire de Mazarin, Sainte-Beuve, dont un texte éclairant vient ouvrir la présente édition, écrit plaisamment que « son style est plein de toiles d’araignées comme sa personne ». Des toiles dont ni les brosses ni les époussettes ne viennent à bout… La métaphore est aussi politique : il est certain que chez Naudé, le choix des armes se porte plutôt sur la ruse de l’araignée. Aussi Sainte-Beuve souligne-t-il qu’il « n’a ni point de vue apparent ni relief saisissable », et qu’il « étouffe son idée comme à dessein sous une masse de citations et de digressions ». Le titre même de l’œuvre peut paraître trompeur : on s’attendrait à cette concision qui caractérise le plus souvent les théories de l’action politique, mais nous voilà égarés dans un étourdissant ballet de tusculanes, déroutés par tant de science gréco-romaine que nous ne savons plus à quel sage ou à quel précepteur nous vouer. Le style de Naudé déjoue les anachronismes, en rapprochant le plus naturellement du monde des hommes séparés par deux mille ans d’histoire. « On renverse les royaumes par le moyen des fraudes et des finesses, dit Aristote, et tu veux qu’il soit défendu de les conserver par les mêmes moyens, ajoute Lipse ».
Attaché à quelques grands préceptes politiques qu’il semble vouloir dérober à la lecture sans finesse des inquisiteurs de tout poil, Naudé suggère comment ces préceptes opèrent mille fois en mille contextes différents. « Psaphon (…) nourrissait grande quantité de pies, merles, geais, perroquets et autres oiseaux semblables, et après leur avoir bien appris à prononcer ces paroles :» Psaphon est Dieu « , il les mettait en liberté, afin que ceux qui entendaient tant et de si extraordinaires témoins de sa divinité, fussent plus facilement portés à le croire » : mais il y a aussi l’histoire de Mahomet, et d’Héraclides, et de Scipion. Etc. : dans cette érudition étonnamment vivante, l’abondance, la variété des anecdotes et de leurs protagonistes plus ou moins illustres ne signalent jamais la présence d’un savoir pédantesque. Seule la passion semble pouvoir expliquer l’infinie patience dans l’examen du réel, réel autant démystifié que rendu à sa multiplicité.

Considérations
politiques sur
les coups d’État

Gabriel Naudé
Le Promeneur
286 pages, 22,50

Bibliothécaire en armes Par Gilles Magniont
Le Matricule des Anges n°61 , mars 2005.
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