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Domaine français Le sacre de l’obscénité

mai 2005 | Le Matricule des Anges n°63 | par Thierry Guichard

Magma de fantasmes, chaos de pulsions : l’écriture de Claude Louis-Combet fouille au plus obscur des corps à la recherche d’un lieu originel enfoui.

L' Heure canidée

Illustration(s) de Alain Controu
Editions Léo Scheer

Un homme marche dans une forêt comme s’il avait voulu s’y perdre lorsqu’il entend les halètements amoureux qui proviennent d’une cabane en lisière. Il s’en approche « tout frémissant du plaisir de m’enfoncer dans la douleur ». Il pousse la porte : « étrange chambre d’amour s’il en fut : dans l’espace d’une pénombre toute propice au secret et au recueillement, je voyais à présent la couche ouverte dans le vallonnement de sa literie paysage pour le moins autant que meuble domestique et là-dedans vautré, étalé, couché sur le dos, membres allongés ou repliés, tête égarée, yeux retournés, blancs, perdus de jouissance, langue pendante et palpitante, lèvres retroussées en rictus, et immense comme le lit, et noir, et luisant, et les flancs profondément creusés à la recherche des dernières réserves d’air au fond du corps, ce n’était pas un homme, tel que j’aurais pu me le représenter, prosaïquement, dans mon application à venir jusqu’ici, c’était bien un amant, je le voyais de toute évidence et sans apprêts, mais contre tous les lieux communs de l’imagination amoureuse et de l’expérience convenue, en vérité, c’était un chien. »

Des images presque insoutenables
Le lecteur de cette nouvelle de Claude Louis-Combet n’a pas besoin d’atteindre le point ultime de cette longue phrase pour savoir de quoi il retourne. Le livre, en effet, jette aux yeux du lecteur, en premier, les photographies d’Alain Controu. Images choquantes, littéralement, d’un chien vautré sur le lit aux draps froissés, le sexe « tenu à plein dans sa gaine et remontant le long du ventre comme le bas-relief de la puissance et de la vitalité », lascif, les membres étirés, attendant la jouissance ou se repaissant de son souvenir immédiat. Photographies érotiques d’un chien, couché comme une femme, dans la pénombre d’une pièce en désordre où la lumière vient jouer avec les parties sexuelles : « à sa base, il exposait des bourses d’une rondeur merveilleusement douce et d’une candeur qui ne pouvait qu’inspirer la caresse, comme choses de femmes ou d’enfants. » La prose de Claude Louis-Combet s’appuie sur ses images presque insoutenables, tant elles sont troublantes, pour refaire par l’écrit le chemin de l’émotion. Une émotion pulsionnelle, trouble et sauvage. Se faisant voyeur, l’écrivain se voit « saisi de gravité comme devant l’accomplissement jusqu’à l’extrême d’un rite barbare, primitif et délirant tel que seuls les rêves des chamans peuvent encore le figurer, à l’écart de nos temps déserts et sans âme. » C’est qu’il imagine que la main qu’on voit sortir de la pénombre qui borde le lit est celle d’une prêtresse « des temps révolus, magnifique et radieuse, vouée à réunifier, par l’opération du sexe, les genres devenus épars et les espèces séparées » et que « derrière le drap, se cachait le songe lumineux à travers lequel l’appétit sexuel, de la bête comme de l’homme, cherche son issue. »
À la violence des images, répond la profondeur d’une pensée abandonnée tout entière à l’obscénité animale et sexuelle de la vie. L’Heure canidée bouleverse sensiblement son lecteur en jouant de sa fascination pour ce que les images en lui font résonner. La lecture devient une expérience intérieure obscure et entêtante.
Les éditions Fata Morgana proposent la réédition de Blanc (paru en 1980, 92 pages, 14 ) et Ouvertures qui regroupent deux textes inachevés. Ouvertures vaut surtout pour le roman Ophélie qui en constitue la deuxième partie. On retrouve cette encre fantasmatique et mythique à quoi l’écriture de Claude Louis-Combet semble puiser pour dire le corps maternel. Ainsi Louise qui court le long d’une rivière sombre, les nuits de tempête, lâchant ses cris ou ses prières vers l’eau qui glisse dans l’étroitesse de son lit. Louise, la folle que d’autres mères élèvent au rang de sorcière pour encourager leurs enfants à rester sages. « La Louise n’avait probablement pas de domicile fixe. Elle paraissait susceptible de s’installer n’importe où, pourvu que l’endroit fut obscur, humide et souterrain. C’est pourquoi, très certainement, entre tous les lieux possibles où son esprit son ombre, sinon son corps aimait à se reposer, au terme d’une période de vagabondage et d’agitation au bord de la rivière, le cœur très clos des petites filles représentait pour elle un havre de prédilection. »

Chair immortelle
Quelle est cette femme qui habite ainsi le cœur des gamines et hante les nuits de tous les enfants. Est-elle un corps de chair ? Une réalité psychique à quoi l’écrivain donne, dans nos esprits, une incarnation de mots et d’images, que l’impeccable prose déplie en nous ? Une mère, plus loin, se fait sucer son œil mort et blanc par son fils dont elle suce, en même temps, le phallus : « il n’y avait jamais eu d’exil. L’un en l’autre noyés et unifiés, la Mère et son enfant dessinent, au regard de l’imagination végétale, la corolle merveilleusement close et parfaitement incorruptible de l’éternité. » On retrouve ici le désir du cercle parfait, que composent ensemble le texte et la sexualité incestueuse, qui court dans toute l’œuvre de l’écrivain. Mais ce ne sont pas tant les images aveuglantes que charrie cette prose qui fascinent mais bien la précision avec laquelle l’écrivain fait surgir d’une réalité partageable, l’ouverture la fente, serait-on tenté d’écrire par quoi s’écouleront ou jailliront nos profonds désirs enfouis. Ainsi, lorsqu’il évoque « l’odeur particulière des jeunes filles » parvient-il à nouer dans sa phrase l’idée même d’une chair immortelle : « un parfum d’une tendresse et d’une mollesse, d’une tiédeur et d’une plénitude qui inclinent à penser que le corps de la petite fille a conservé dans ses tissus, plus que le corps du garçon, l’imprégnation du dedans matriciel. »

T. G.

Claude Louis-Combet
L’Heure canidée
(photos d’Alain Controu)
Éditions Léo Scheer, 52 pages, 15
Ouvertures
Fata Morgana, 71 pages, 13

Le sacre de l’obscénité Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°63 , mai 2005.
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