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Poches Mort dans l’après-midi

juillet 2005 | Le Matricule des Anges n°65 | par Thierry Guichard

Ce portrait de l’Espagne franquiste en veuve aigrie est devenu un classique de la littérature hispanique. Et si Miguel Delibes avait dépeint la France d’aujourd’hui ?.

Cinq heures avec Mario

Écrit en 1966, Cinq heures avec Mario s’ouvre par un faire-part encadré de noir : Mario Diez Collado vient de succomber à un infarctus. Il avait 49 ans. Ensuite le roman démarre comme un opéra de Mozart : des voix surgissent, se mêlent, s’entrechoquent autour du défunt. C’est l’heure des condoléances appuyées et bruyantes que reçoit Carmen la veuve. Le lecteur est immédiatement plongé dans un tourbillon de noms et de paroles échangées, répétées, ponctuées par le retour lancinant d’une scène qui joue le rôle de refrain : les embrassades hypocrites du chagrin.
« Carmen s’inclinait et l’embrassait sur les deux joues. En réalité, elles ne s’embrassaient pas. Elles penchaient la tête avec précaution, d’abord du côté gauche, puis du côté droit, et embrassaient l’air ou peut-être quelque cheveu de façon à ce que chacune entende le bruit des baisers sans en ressentir l’effusion. »
Une fois tout le monde couché ou reparti, Carmen s’installe aux côtés de son défunt, un exemplaire de la bible sur les genoux. Le roman dès lors ne fait plus entendre que sa voix. Carmen règle ses comptes avec Mario et cela dure la nuit entière.
Elle lui reproche son refus d’acheter une Seat 600, d’avoir écrit des poèmes sur elle sans jamais lui en faire la lecture, d’avoir pratiqué des messes basses avec sa belle-sœur, veuve également…
C’est un incessant flot de reproches qui tracent le portrait d’une femme catholique jusqu’à l’extrême : « peu de femmes sont aussi compréhensives et généreuses que moi, mais plutôt mourir, tu entends, la mort plutôt que de côtoyer un juif ou un protestant. » Cette dévote issue d’une classe moins aisée qu’elle le prétend obéit aux valeurs archaïques d’une Espagne traditionaliste et puritaine. Elle reprend ainsi les paroles de sa mère pour fustiger la mode de permettre aux jeunes filles de faire des études qui les rendent « homasse(s), ni plus ni moins. Une fille qui poursuit ses études perd sa féminité. » Heureusement pour lui que Mario est mort : il était lui-même écrivain. « Tes livres et ta feuille de chou ne nous ont apporté que des ennuis, ne me dis pas le contraire, mon vieux, que d’histoires avec la censure, avec les gens, et tout ça pour quatre sous. Et je n’en suis pas surprise, Mario, parce que, comme je dis, qui pourrait lire ces histoires tristes de gens qui meurent de faim et qui se roulent dans la boue comme des cochons ? »
Carmen a son art poétique bien défini : « tu parles même de voyous qui sentent mauvais, déguenillés et morts de faim. Ça non, Mario, ça ne plaît pas aux gens, ils n’ont pas envie qu’on leur expose des problèmes, ils ne sont pas fous, ils en ont assez comme ça. »
On peut en rire (le vitriol de Miguel Delibes, porté par cette langue acérée et vivante joue de la caricature) mais il suffit de lire la liste des best-sellers en France, de mesurer la profondeur d’un retour au catholicisme pour se dire que loin d’être seulement un témoignage du passé, Cinq heures avec Mario nous tend un miroir terriblement actuel.

Cinq heures
avec Mario

Miguel Delibes
Traduit de l’espagnol
par Anne Robert-Monier
La Découverte, « Culte fictions »
275 pages, 13

Mort dans l’après-midi Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°65 , juillet 2005.
LMDA PDF n°65
4,00 €