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Domaine étranger La chute des hommes

octobre 2005 | Le Matricule des Anges n°67 | par Françoise Monfort

Romancier naturaliste, Joseph Coulson déploie la saga d’une famille ouvrière américaine pour qui la malédiction éclipsa le grand rêve.

Le Déclin de la lune

Ce livre à trois voix s’ouvre sur la mort des ormes. Pour Stephen Tollman ignorant tout des champignons responsables de leur maladie, ces fantômes debout qui hantaient son paysage d’enfant ont joué le rôle « d’austères et implacables professeurs de désillusion qui, malgré la promesse de jours meilleurs, nous martelaient que, pour l’essentiel, ce que nous espérions de la vie était impossible, que croire le contraire était irréaliste, dangereux même ».
La désillusion comme toile de fond au portrait d’une famille américaine entre 1915 et 1974, de la naissance de Phil Tollman au moment où « il s’abandonna au froid » selon Stephen, le premier narrateur, qui ajoute : « j’ai vite compris que toute histoire où je figurais était en réalité l’histoire de mon frère ». Cet aîné dont il n’arrive pas à se défaire, cette branche malade qui empêche l’arbre familial de s’élever vers le ciel avait pourtant démarré fort. On le voit en héros braver la mort et un père irrésolu qu’il finira par chasser, les arbres et les camarades d’école qui se moquaient de leur condition d’exclus contraints par la Grande crise à se réfugier dans une tente au bord de la rivière Chagrin. La cécité de sa mère et la mort de leur petite sœur que Phil arrache à l’eau sombre dans laquelle elle s’est noyée sonnent une première alarme et la fin de l’enfance. Il ne pleurera plus jamais.
C’est alors au tour de Katherine, la jeune femme que Phil a volée à Stephen, de prendre le relais de la narration. Les frères Tollman deviennent hommes à travers son regard aiguisé par une éducation communiste. Au cadet sans doute trop poète elle préfère l’aîné, « être dominateur, énigmatique et distant » qui fuit leur amour pour s’engager dans l’armée avec l’intention d’y faire carrière après la guerre. Phil se découvre enfin heureux dans les entrailles des bombardiers B-17 qu’il répare mais, appelé en Europe, passe le plus clair de son temps à nettoyer leurs fuselages tapissés de viscères, vestiges des hommes morts au feu. Fin de tous les rêves, retour au pays. À Detroit, capitale de la voiture. Il se marie. « Mon père était un fils de pute » annonce James, le second de ses fils, en ouverture du troisième volet. Sur les conseils de Stephen, il fouille dans le passé afin de comprendre pourquoi son père « se sentait, au propre comme au figuré, cerné par le bois mort ». On imagine Phil en suspect idéal pour séries télé, un beauf oublié du rêve américain accro à sa gnôle que la vie a conduit peu à peu à l’abdication et à la violence. Violence qui devient peu à peu son seul mode de communication face à ses fils sur fond de guerre du Vietnam et mouvement hippie. Avec les autres membres de la famille on hésite à le haïr totalement, aidé en cela par deux figures féminines tutélaires qui, comme pour poser un voile sur cette noirceur de ténèbres, viennent régulièrement prononcer leur plaidoyer en faveur de celui qui s’est condamné lui-même. Leur mère aveugle aux facultés de perception décuplées et sa vieille amie Lethea, la sage-femme qui a mis les enfants Tollman au monde, insufflent une compassion rendue parfois nécessaire pour aérer un récit dont on ressort KO et un peu amer. Révolté même d’avoir assisté impuissant à cette descente aux enfers orchestrée par un auteur dont c’est le premier roman. On voudrait respirer, reprendre son souffle, en vain. Ce n’est pas le suspense mais la mécanique de la chute qui nous emmène à la dernière phrase « Tout est mémoire », dernier uppercut rappelant que, à l’instar des Tollman, nous sommes tous condamnés à vivre. Dans ce cas, hâtons-nous de nous fabriquer des souvenirs. C’est ce que semble dire Le Déclin de la lune.

Le Déclin
de la lune

Joseph Coulson
Traduit de l’anglais (États-Unis) par
Judith Roze
Sabine Wespieser Éditeur
486 pages, 25

La chute des hommes Par Françoise Monfort
Le Matricule des Anges n°67 , octobre 2005.
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