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Domaine étranger L’éveil en noir et blanc

octobre 2005 | Le Matricule des Anges n°67 | par Dominique Aussenac

Habile portraitiste, l’écrivain espagnol José Carlos LLop conte une enfance franquiste, grave et onirique, à l’aune du cinéma.

Depuis quelques années, la guerre d’Espagne et l’héritage franquiste ne sont plus un tabou de l’autre côté des Pyrénées, la littérature ayant ouvert une brèche. Les témoignages du camp des vaincus, des républicains, abondent. Ainsi, un des derniers ouvrages parus en France, le superbe et marmoréen Les Treize Roses de Jésus Ferrero (Climats, 2005), égrène à l’instar d’un drame antique, les derniers moments de femmes otages exécutées en 1939. Très peu de livres cependant illustrent le monde des vainqueurs. Parle-moi du troisième homme corrige cette lacune. Il y est question d’une garnison perdue, en 1949, dans les neiges pyrénéennes. Là, des militaires, entourés de leur famille et censés s’opposer à des résistants invisibles, mènent une vie où routine, ennui, intrigues rappellent Le Désert des Tartares de Buzzati. Mais le danger vient de l’intérieur, semant le désordre, sapant l’autorité. Des mots injurieux envers le Caudillo, écrits sur des billets de banque chinois sont retrouvés au cœur de la forteresse. Cette intrigue ne passera pourtant qu’au deuxième plan.
Car au premier se dresse un enfant, fils de capitaine qui découvre le monde, à l’aune du cinématographe, se construit un réel en prise directe sur la fiction. Son film fétiche, celui que lui ont raconté ses parents, est Le Troisième Homme de Carol Reed. « Depuis lors ma vie a été une suite d’accords de cithare à la poursuite d’Harry Lime. » Tout semblera écrit, filmé, découpé façon années cinquante en noir et blanc. Au gré des visions du jeune garçon, le roman adoptera plusieurs genres : guerrier, espionnage, mystère, exotisme, amour et charme. Une pierre précieuse au doigt d’un squelette rougeoiera au milieu de la neige inoculant une dimension fantastique. Au-delà de la merveilleuse imagination qu’un enfant met en branle pour tenter d’expliquer un monde d’adultes aux lois et aux actes incompréhensibles, le roman dans sa première partie offre une galerie de portraits d’hommes sentant le cuir, le feu, l’angoisse. Ils semblent tous pris dans une nasse. La mère slalome tortueusement entre eux. Puis s’échappe, pour passer Noël avec son fils sur l’île de Majorque. Si la garnison du Nord incarne un monde viril, droit dans ses bottes, elle représente avant tout un monde d’images, un monde de silences. L’île de Majorque, écrasée de lumière, de couleurs est un monde de femmes, un monde de paroles à la fois graves et fantasques. La grand-mère et la gouvernante y occupent une place prépondérante. Elles révéleront au jeune garçon la solitude, ainsi que la folie des hommes, leur caractère enfantin, leurs codes imbéciles, leurs discours inconséquents, leur propension à se mentir et à trahir. « Tu appartiens à une lignée de solitaires, de gens qui ne sont d’aucun lieu et qui sont de tous les lieux, mêmes s’ils éprouvent partout une certaine sensation d’étrangeté. » Quant aux femmes, si âgées, elles semblent avisées, sages et hyper lucides, elles baignent dans un univers délétère de séduction et de mystère.
José Carlos LLop, originaire de l’île où il naquit en 1956, est l’auteur de quatre romans, cinq recueils de poésie et d’un journal. Il fait ici œuvre de fiction. Son écriture puissante, contractée dans le narratif et la description, ponctuée de dialogues incisifs, cinglants, d’un coup se relâche, laissant libre cours à des échappées poétiques ou métaphysiques. « Si je parle de mon père je dois parler de la neige ; si je parle de la garnison du Nord je dois parler de la neige ; si je parle des sœurs O’Callaghan je dois parler de la neige. Mais si je parle de moi je dois parler d’inquiétude, un sentiment qui oscille entre la neige et le sable du désert, entre la glace et le feu. »

Parle-moi
du troisiÈme homme

José Carlos Llop
Traduit de l’espagnol par Edmond Raillard
Éditions Jacqueline Chambon
159 pages, 20

L’éveil en noir et blanc Par Dominique Aussenac
Le Matricule des Anges n°67 , octobre 2005.
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