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Domaine français À mots feutrés

novembre 2005 | Le Matricule des Anges n°68 | par Lise Beninca

D’une voix douce, Vassilis Alexakis poursuit avec sa mère disparue les conversations d’autrefois. Des nouvelles d’ici et d’ailleurs.

Je t’oublierai tous les jours

Je suis dans ma maison à Tinos et c’est l’été. Je vais pieds nus d’une chambre à l’autre comme si je cherchais quelque chose. » Les phrases sont simples et claires. La première pose l’ambiance, de quiétude et de chaleur. Dans la seconde se glisse l’évocation imperceptible d’un manque. Pieds nus pour ne pas faire de bruit, attentif aux respirations de la maison, le narrateur guette l’apparition d’une fragile présence, à laquelle il s’adresse doucement.
Il y a dix ans, Vassilis Alexakis publiait son plus beau texte, La Langue maternelle. Il y évoquait avec pudeur la mort de sa mère, faisant du manque la matière même de son livre. Avec autant de tendresse, il prolonge aujourd’hui ce travail de deuil. Que s’est-il passé, pour lui et pour le monde, dans ce laps de temps qu’elle n’a pas vécu ? « Si tu écoutais les informations à la radio, tu pourrais penser que rien n’a changé au cours de la dernière décennie. Les principaux acteurs de la scène politique grecque se nomment Caramanlis et Papandréou. Le président des États-Unis s’appelle Bush, comme jadis. » Le livre avance au rythme des souvenirs passés et des anecdotes du présent, qui souvent se font écho. La figurine en terre cuite posée sur l’étagère, dont la tête a été cassée, sera réparée d’ici la dernière ligne. Les cases des mots croisés se seront remplies. Quelques-uns des dessins humoristiques exposés dans une petite galerie se seront vendus. Seul celui représentant une femme d’âge mûr, assise face à un siège vide, n’a pas été mis en vente. Les jalons du roman sont faits de ces détails entre lesquels l’auteur excelle à créer des liens, jusqu’à leur donner une dimension symbolique. Et l’humour affleure partout, offrant à chaque paragraphe sa chute. Celle qui clôt l’ouvrage est d’une poésie pleine d’entrain.
Inévitablement, le remords sort ses griffes de temps à autre, mais chez Alexakis qui n’est pas fait du même bois qu’Albert Cohen l’apaisement trouve toujours sa place. La relecture de la correspondance maternelle met un baume sur les culpabilités anciennes. « Je pensais que notre séparation t’avait meurtrie plus profondément. J’ai constaté avec soulagement que je me trompais. » Parcourant les lettres qu’il lui adressait de France, le narrateur se donne des nouvelles de lui-même. « La réalité était-elle donc aussi dure que je le prétends ? » s’interroge-t-il. Étrange retour sur soi-même où l’auteur de ces courriers plaintifs s’en fait le nouveau destinataire, entre nostalgie et ironie. « En terminant j’ai poussé involontairement la petite balle de ping-pong, qui est tombée sur le plancher en ajoutant à toute cette correspondance quelques points de suspension. »
Comme partenaires de ping-pong, ce sont les mots qu’Alexakis choisit. Son texte est truffé de termes étrangers dont il compare le sens ou la sonorité. Même l’agencement de la bibliothèque pose question : « Dois-je me demander pourquoi j’ai placé les écrivains français au-dessus des écrivains grecs ? Où rangerais-je mes propres livres si je les avais ici ? » À chaque occasion sa langue, semble-t-il conclure. « Au début, j’avais du mal à te donner de mes nouvelles, à mettre à exécution ce projet pourtant bien simple. Je ne savais pas s’il existait des mots capables de briser un si long silence. » Une fois les mots trouvés, il suffit de parler tranquillement, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus grand-chose à ajouter. Alors l’oubli, pour un temps, redevient tolérable.
Les années passent, mais la même fraîcheur persiste chez Alexakis. Une fraîcheur presque naïve, de celles qui goûtent les bonheurs du quotidien : la première gorgée d’ouzo, le parfum du citronnier jadis planté, le goût du tabac ou le plaisir d’un bon match de foot… Ces petits riens qui donnent à ses livres un air si familier.

Je t’oublierai tous les jours
Vassilis Alexakis
Stock
288 pages, 19

À mots feutrés Par Lise Beninca
Le Matricule des Anges n°68 , novembre 2005.
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