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Domaine français Aux lendemains d’hier

novembre 2005 | Le Matricule des Anges n°68 | par Thierry Guichard

Arrivé au seuil de la soixantaine, Pierre Autin-Grenier a les idées plus noires que le vin quand il lui faut encore faire « le sale boulot de vivre ». On lui dit qu’écrire le soulagera, comme si l’encre était l’huile de vidange « de tous les crimes et pataquès alentour » qui polluent l’existence. Bien qu’il sache qu’écrire, comme l’éternité, est inutile voilà qu’il se lance dans un long (pour lui) récit sur un bar où jeune Lyonnais, il tenait table d’écriture. Ce n’est pas, comme il fait mine de le croire, pour « tenter de faire bouillir l’amère marmite du quotidien » qu’il se lance dans cette manière de roman. Pas pour justifier les à-valoir de la rue Bottin qui n’a pas besoin de lui pour financer le yacht d’Antoine Gallimard. C’est une colère plus considérable qui le pousse à écrire : la fin du livre, là-dessus, sera sans ambiguïté.
Mais hors de lui, P.A.G. reste d’un commerce délicieux. C’est qu’il ne s’emporte pas, mais nous emporte, plutôt, dans des phrases inventives qui chantent. Où ? Dans un endroit de petite mythologie : la friterie-bar Brunetti « au 9 de la rue Moncey, et aujourd’hui disparue. »
Entrez à sa suite. Vous y rencontrez des personnages de grande humanité, comme madame Loulou qui trois fois par mois reçoit ici ses clients avant d’aller avec eux « s’activer dans l’infini bordel des étoiles », vous y entendrez les voyages merveilleux de Raymond : « sa garçonnière, c’est la mappemonde, très simplement. » Entrez, vous y verrez Renée « en train d’éparpiller à même le carreau la sciure à pleines poignées pour tenter d’absorber toute cette noirceur ». C’est que les âmes ici ont leur grandeur, mais n’abandonnent pas leurs peines. Et si l’on entre dans de tels estaminets, c’est peut-être qu’on essaie aussi de s’y trouver une famille : les femmes en sont les généreuses égéries. La langue d’Autin-Grenier avec ses rimes sises au cœur des phrases, dans le staccato des syllabes, jettent haut les lumières d’un temps révolu. La colère vient de là, d’un monde qui se meurt sous le talon du capitalisme qui n’offre plus que « la lumière carcérale d’anonymes cafétérias » où l’on voit « de pantins hébétés consommant sans mot dire la merde capitaliste dans une solitude peuplée d’assassins. » Autin-Grenier sait faire entendre le verbe de la révolte, alors, une fois entré chez Brunetti, n’oubliez pas d’en ressortir armé.

Friterie-bar Brunetti de Pierre Autin-Grenier
L’Arpenteur, 97 pages, 10,50

Aux lendemains d’hier Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°68 , novembre 2005.
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