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novembre 2005 | Le Matricule des Anges n°68 | par Thierry Guinhut

Derrière la chronique sociale et sa charge contre le système éducatif le roman de Pierre Jourde, sombre et baroque, annonce un monde en proie à la folie.

On connaissait Pierre Jourde pour son talent de pamphlétaire, lors de cette Littérature sans estomac qui sut avec humour et brio donner bien des aigreurs au journal Le Monde et à ses servants, à ces écrivains qui dilatent leur anorexie romanesque avec les boursouflures d’un moi aussi insignifiant qu’exhibé. Le voici qui met enfin ce talent au service du roman. Pierre Jourde n’aura pas persiflé en vain ses contemporains français, il est capable de faire mieux, de lever des « secrets » bien gardés, de nourrir l’appétit de ses lecteurs avec ses « festins » : secrets de polichinelle de l’Éducation nationale, festins érotiques fort troubles pour un roman d’éducation.
Gilles Saurat, jeune professeur plein de bonne volonté, aborde le collège de Logres, où il sera mangé tout cru par le « Mammouth » et par les élèves. Élèves qui s’abaissent à l’irrespect, la brutalité, la pauvreté linguistique, mafia dominée par des caïds machistes, souvent d’origine immigrée, et dont la barbarie n’est contrariée en rien par une administration lâchement animée des bonnes intentions du laisser-faire, par les « réussites kolkhoziennes », le « Grand Bond en Avant » des résultats du bac. La satire est rude : « Les profs sont là pour se faire enculer par les ânes. Tout le système a pour seule fonction de profaner le savoir. » Même si la situation est loin d’être partout aussi apocalyptique, à certains collèges Jourde présente un miroir fidèle. Professeur, inspecteur, parent d’élève, écolier, nous subissons tous la tyrannie de la « gauche radicale », de son « flic de la pensée » (le proviseur-adjoint Musse), du « sabir sacré » : les « Apprenants » gérant leur « projet d’apprentissage personnalisé »… Entendez la démission de l’autorité et de la culture et « la transformation définitive de la réalité en simulacre ». Certes, il s’agit du versant pamphlétaire du roman, avec tous les excès du genre, la généralisation abusive, la caricature où l’art est de forcer le trait pour faire rire et jeter du sel sur les plaies secrètes… À qui se révolte à coup de clichés confortables, Pierre Jourde répond par une véritable charge, dénonçant la complicité de fait entre l’Éducation nationale et la violence des nouvelles générations.
Logé chez Mme Van Reeth, dont il devient l’amant, Gilles croise une bourgeoisie faisandée, piste un défunt collectionneur de textes érotiques et de fichiers révélant les sadomasochismes de la ville. Un éros délétère le guide dans une quête risquée, jusqu’à découvrir ses démons intérieurs, ou ceux liés aux caïds locaux, les Hellequin, eux bien français, spectraux, dont la fille est un appât pervers… S’inscrivant dans la tradition lointaine du Wilhelm Meister de Goethe et des Illusions perdues de Balzac, Pierre Jourde propose un véritable roman d’initiation. Ce naïf jeune homme, confiné dans ses bouquins universitaires et son banal passé amoureux, est propulsé dans un nouveau milieu aussi cruel qu’attrayant. Ses illusions s’écroulent au contact d’une jeunesse obscurantiste, antisémite et d’une administration qui vogue dans l’utopie niaise. S’il ne peut transmettre un savoir et remplir la mission pour laquelle il était formé, il se heurte à un tout autre savoir. N’en déplaise à Rousseau, l’homme ni le jeune ne sont naturellement bons : ils s’allient pour un chassé-croisé de violences qui séduisent notre impétrant. Pente dangereuse pour notre société en danger… Un collègue cynique de Saurat, Zablanski, réclame « la fermeté dans une société de liberté ».
On ne doute pas qu’il s’agisse là de la conviction courageuse de Pierre Jourde. En ce sens, sans tomber dans le texte à thèse, le roman retrouve sa vocation à agir sur les esprits et sur le réel. Goethe proposait la voie vers un monde meilleur, Jourde, malgré quelques longueurs où l’on attendait du plus ramassé, lance un avertissement avant un monde pire, avertissement virulent, chargé de personnages typés, d’énergie romanesque, salutaire peut-être…

Festins secrets
Pierre Jourde
L’Esprit des péninsules
512 pages, 23

Tableau noir Par Thierry Guinhut
Le Matricule des Anges n°68 , novembre 2005.
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