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Domaine étranger Femme fatale

janvier 2006 | Le Matricule des Anges n°69 | par Dominique Aussenac

Réédition d’une des œuvres majeures de la Catalane Mercè Rodoreda, décédée en 1983 : un destin de femme tourmentée par les hommes.

Les étiquettes attirant l’attention sur un produit sont souvent racoleuses ou réductrices. Il en est ainsi de l’expression « écrivain de dimension universelle » apposée sur la jaquette de cet ouvrage. Même si légitimement proférée à l’encontre de Mercè Rodoreda par Gabriel García Márquez, elle n’en apparaît pas moins un brin irritante. Si la grande dame des lettres catalanes avait été native d’une autre contrée, il n’y aurait eu nul besoin de préciser l’envergure de sa plume. Mais la Catalogne est un petit pays et sa langue, encore une aberration pour beaucoup. Certes, Mercè Rodoreda a eu la très mauvaise idée de mourir au moment où bon nombre de ses compatriotes accédaient à la notoriété. On peut d’ailleurs affirmer qu’elle leur a ouvert une large voie. Cette femme libre, qui, enfant, livrée à elle-même, a beaucoup rêvé, flâné, lu et qui, adulte, impressionna par une vie amoureuse des plus tumultueuses, commença à écrire dans les années trente. Après la défaite républicaine, elle connaît l’exil, d’abord en France, puis en Suisse. Polygraphe, c’est à travers le roman et la poésie qu’elle se révélera. Son œuvre majeure, La Place du diamant, publiée en 1954, sera traduite dans une trentaine de langues. Elle y décrit dans sa ville de prédilection, Barcelone, une petite boutiquière, Colometa, victime de la guerre civile. Dans Rue des Camélias, rédigé à Genève d’octobre 1963 à décembre 1965, elle montre un autre destin de femme sous forme de monologue intérieur, sorte de descente aux enfers. Abandonnée à sa naissance, Cécilia Cé est recueillie par un vieux couple, rue des Camélias, sur les hauteurs de la capitale catalane, dans le quartier populaire du Guirnardo, cher à Juan Marsé. Elle y vit une enfance onirique, peuplée de couleurs, de parfums de fleurs et d’escapades. Son lieu d’évasion se situe dans le cœur battant de Barcelone, le Liceu, l’opéra où la bourgeoisie se pavane. Cécilia Cé quittera ses parents d’adoption, vivra dans un bidonville. Très belle, aimant les hommes, elle passera sous leur coupe, se prostituera pour échapper à la faim. Femme entretenue, elle virevoltera de mains en mains, subissant cruauté, jalousie maladive, perversité. Certains de ses amants la déglingueront, la poussant jusqu’à la folie. De réaliste, le roman prendra alors une dimension fantastique, cauchemardesque, la galerie de portraits qu’offrent les respectables messieurs s’avère hallucinante : restaurateur au bec de lièvre et dent en or, vieux général hiératique et gâteux, pères de famille respectés aux pratiques sordides. Un des appartements qu’elle occupe se métamorphosera en maison hantée, maison des supplices, évoquant l’univers cinématographique de l’oppressant Locataire de Roman Polanski ou celui tout aussi aliénant du film d’Ingmar Bergman préfigurant l’avènement du nazisme, L’Œuf du serpent, dans lequel les êtres sont épiés, instrumentalisés, comme des rats de laboratoire.
Ce qui étonne chez Cécilia c’est l’ambivalence des sentiments et des conduites. Femme rêveuse aimant la liberté, elle se révélera soumise, attachée par les biens matériels. Femme démunie, d’une extrême fragilité, elle s’accrochera, se relèvera. Enfant abandonnée, femme stérile, elle rejoindra les hauteurs de son enfance, y recueillera les dernières traces, témoignages de son passé. D’une écriture très fluide, enluminée de détails confinant parfois à un maniérisme presque baroque (fleurs, odeurs, rêves, décorations intérieures, architectures…), ce roman dénonce de façon légère et brutale mais toujours en phase avec la modernité l’exploitation faite aux femmes.
« Même vaincue, je veux être moi-même, abeille exaltée par mon propre miel », affirmait Mercè Rodoreda en 1948.

Rue des CamÉlias
Mercè Rodoreda
Traduit du catalan
par Bernard Lesfargues
Tinta Blava
267 pages, 18

Femme fatale Par Dominique Aussenac
Le Matricule des Anges n°69 , janvier 2006.
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