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Domaine étranger Bête à concours

février 2006 | Le Matricule des Anges n°70 | par Thierry Guinhut

Similibeauté ou comment une adolescente rejoint l’âge adulte au prix d’éprouvantes épreuves, dans une Amérique sophistiquée et terrifiante.

Combien d’héroïnes romanesques ou cinématographiques ont fait éclore la beauté ? Celle de Similibeauté comptera parmi les plus surprenantes, les plus inquiétantes. À l’occasion de son premier roman, l’Américaine Lisa Lerner parvient à se démarquer du mythe obsédant de la beauté parfaite. Un concours aberrant fait le lit d’une charge féministe d’autant plus virulente qu’elle se situe dans une société futuriste, dont les dimensions politiques font frémir…
La narratrice est une jeune prépubère de 14 ans, Edie Stein, dont le seul but dans la vie paraît être le concours très couru de « la Personnalité Féminine d’Ame et de Conscience de sa ville ». Ce qui se révèle bientôt être une antiphrase. Quoi de plus bête que cet entraînement constant et épuisant, sous les yeux d’une mère tyrannique et insatisfaite, vers des épreuves grotesques, absurdes, délirantes ! Elle doit faire la preuve de sa science érotique en étreignant un « Mâle électro-multilatex », de sa maîtrise de soi en tuant un « Lapin Sacrificiel » qu’elle a longuement et avec affection dressé, sans compter la « Composition Capillaire » ou « l’Odyssée du Fil et de l’Aiguille »… Que de « Qualités humaines bonifiés » ! C’est par de tels rites de passage que l’on devient une femme adulte. Voilà bien un roman d’apprentissage, décalé par la constante ironie des situations et du vocabulaire officiel.
Ce qui rend d’autant plus intéressant ce livre, c’est que l’on finit par se demander si, à rebours d’un féminisme strictement anti-machiste, ce ne sont pas les femmes elles-mêmes qui façonnent ce modèle de poupée vivante de concours. La satire en effet n’épargne personne. Ni la démission des hommes un père réfugié dans sa collection de papillons morts devant les exigences et les prouesses artificielles des femmes et des mères frustrées, ni l’auto-sexualité féminine devenue folle.
La dimension futuriste est accentuée par une pollution dévorante et des sauterelles mutantes, par un antisémitisme institutionnel, par la secte des « pro Happy End » qui croient que « les morts reviendront pour changer le monde, chasser le mal de la surface du globe éliminer la mort elle-même. Alors la beauté universelle sera garantie ». Les médias grouillent d’ « émissions délit-réalité » où de « jeunes et jolies pécheresses » violentent « plus de soixante-dix handicapées ».
Ce similimonde phagocyté par le factice, où l’on mange de la « SimiliViande », où les instituts d’éducation usent de « pilonneurs céphaliques » est celui de l’anti-utopie. Dans la tradition d’Huxley, d’Orwell ou de Bradbury, Lisa Lerner peste avec un humour distant contre une société menacée par son avenir.
Il s’agit là bien sûr d’une réécriture de ce mythe de Pygmalion que raconta Ovide dans le Livre X des Métamorphoses : la mère en effet sculpte sa créature jusqu’à ce qu’elle ressemble à ce qu’elle n’a pu être, à ce fantasme d’une humanité féminine devenue folle de ses perfections distordues. Mais au contraire de la statue de Pygmalion qui devint la femme rêvée par son créateur, Edie va-t-elle décevoir une mère qui ne pourra discerner l’amour naissant de sa poupée de chair pour une (véritablement belle ?) voisine nommée Lana Grimaldi, séductrice dangereuse, jusqu’à l’attentat…
Le roman de Lisa Lerner ne souffre que d’un défaut pour être impressionnant : le manque de concision. Combien, après une fulgurante ouverture, de scènes délayées, de fades notations, empêchent ce beau livre de toujours détacher la vivante statue en « similibeauté » d’Edie de sa gangue de longueurs ! Il n’en reste pas moins qu’en Lisa Lerner est né un Pygmalion littéraire d’envergure. Folie ? Monde lointain ? Nous sommes certes à Deansville, États-Unis, mais c’est aussi déjà notre monde qu’elle dénonce.

Similibeauté
Lisa Lerner
Traduit de l’anglais (États-Unis)
par Jean-René
et Julie Etienne
Christian Bourgois
éditeur
348 pages, 25

Bête à concours Par Thierry Guinhut
Le Matricule des Anges n°70 , février 2006.
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