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Domaine étranger Labyrinthe argentin

mars 2006 | Le Matricule des Anges n°71 | par Lise Beninca

Sur les traces d’un énigmatique chanteur, un universitaire américain arpente les rues chargées d’histoire de Buenos Aires, la ville aux sentiers qui bifurquent.

Le Chanteur de tango

Quoi de plus déprimant que la rédaction d’une thèse ? Le stylo en l’air, Bruno Cadogan rêvasse à la fenêtre de son immeuble new-yorkais, las du travail auquel il s’est attelé. Bien qu’il soit consacré aux essais de Jorge Luis Borges sur les origines du tango, l’idée ne lui est pas encore venue d’aller faire un tour à Buenos Aires. La rumeur qu’un chanteur, dont la voix surpasserait celle du célèbre Gardel, s’y produit à l’improviste, incite Cadogan à prendre son billet sur le champ. Dès l’arrivée sur le sol argentin, un fil d’Ariane semble s’être attaché à ses pas. Le voici logé dans une pension rue Garay, désignée dans les guides comme « la maison de l’Aleph ». Un attrape-touristes de plus, songe Cadogan, mais il sursaute en apprenant que s’y trouve une cave, à laquelle mènent « dix-neuf marches très raides »… À ce stade de la lecture, c’est-à-dire page 21, courez chercher L’Aleph de Borges et gardez-le à portée de main. Le narrateur du Chanteur de tango ne cesse de faire des tours et détours dans l’univers borgesien et ses structures en écho, où l’inconcevable prend figure de réalité, les histoires se croisant et se décroisant dans des lieux au visage changeant.
Consciencieusement, Cadogan trace sur un plan de la ville des points de couleur, qui correspondent aux dernières apparitions du chanteur. Puis il les relie entre eux, dans l’espoir de voir apparaître une figure qui serait la clé du mystère. Les endroits où chante Julio Martel sont-ils liés « par quelque ordre ou dessein » ? Cadogan s’emmêle les pieds dans son fil, pris au piège de l’espace et du temps qu’il découvre dépendants de l’humeur de la ville. « Au fil des jours, j’ai appris que Buenos Aires, conçue par ses deux fondateurs successifs comme un damier parfait, s’était changée en un labyrinthe non seulement spatial, comme ils le sont tous, mais aussi temporel. »
L’Aleph existe-t-il, dissimulé là, dans la cave, reflétant « l’univers entier en une infinitésimale fraction de seconde » ? Le narrateur est tenté de le croire, comme il croit au sens caché des chants de Julio Martel. Sa quête se transforme en une obsession multiple, qu’il poursuit à travers les dédales physiques et psychiques de la ville. Le chassé-croisé des personnages qu’il côtoie retrace l’histoire de Buenos Aires, marquée par le cauchemar de la dictature militaire et sa cohorte de « disparus », l’instabilité politique, les coups d’État successifs qui ont fait basculer son destin. On est en 2001, et l’Histoire continue de plus belle : Cadogan est bloqué au cœur de l’insurrection populaire, dans l’impossibilité soudaine de retirer de l’argent, dérouté par la violence des manifestations et la détresse qui pousse les Argentins à dévaliser les supermarchés. « Dans ce qui se passait dehors, on devinait un éclair, le recommencement de l’histoire ou sa fin (…). »
Au-dessus de la ville s’élève la voix de Martel, contenant les vies et leurs drames, chantant pour elles. Une voix qui rassemble toutes les émotions, tous les chants, toutes les voix, en une langue riche et secrète. « La langue de Buenos Aires se déplaçait si vite qu’apparaissaient d’abord les mots et seulement ensuite la réalité, et les mots persistaient quand la réalité avait déjà disparu. » Le chanteur virtuose comme l’Aleph sont un concentré d’univers, une présence éphémère et aléatoire, dont la réalité est mise en doute en même temps qu’elle est prouvée.
Thomás Eloy Martínez n’est pas seulement romancier, mais aussi journaliste, critique et universitaire. Autant de profils mis au service de ce livre complexe, dont la trame s’ouvre en permanence sur de nouvelles voies. Un roman érudit, documenté, sensible, qui finit par dresser un état des lieux, une prise de pouls de Buenos Aires.

Le Chanteur
de tango

ThomÁs Eloy MartÍnez
Traduit de l’espagnol
(Argentine)
par Vincent Raynaud
Gallimard
260 pages, 19,90

Labyrinthe argentin Par Lise Beninca
Le Matricule des Anges n°71 , mars 2006.
LMDA papier n°71
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