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Domaine français Le guide de l’imaginaire

mars 2006 | Le Matricule des Anges n°71 | par Thierry Guichard

Les voies de l’écriture ne sont pas impénétrables. La preuve par les 900 pages du roboratif bazar d’Hubert Haddad. De quoi se perdre, pour mieux se découvrir.

Le Nouveau magasin de l’écriture

L’objet est imposant et a de quoi intimider le lecteur. Volumineux, Le Nouveau Magasin d’écriture affiche des prétentions de dictionnaire illustré. C’est toutefois du côté des catalogues qu’on ira lui chercher des aïeux : dans sa typologie, sa présentation et ses illustrations, ce magasin-là fait penser au vertigineux Catalogue Manufrance.
Pour autant, au rayon de ce bazar-là, un seul produit est proposé : la littérature. Coupée en tranches fines, proposée sous forme d’apéritifs multiples, pesée à la métrique classique ou empaquetée à la va comme je te pousse, l’écriture (mais aussi donc la lecture) s’offre comme l’espace de tous les possibles.
Si l’on trouve de tout dans ce BHH (Bazar d’Hubert Haddad), le lecteur, comme dans un grand magasin, prendra plaisir à se perdre. Pour autant, il conviendra d’aborder le livre… par son début. En effet, fort de sa longue expérience des ateliers d’écriture dont il est l’un des pionniers, Hubert Haddad expose en « prolégomènes » la nécessité de se mettre dans de bonnes dispositions : il nous faudra, écrit-il « accepter le chaos sans constriction, donc, afin que se déploient à (n)otre insu les figures génésiaques de l’imaginaire. » Le mot est lâché : le catalogue à suivre des jeux d’écriture, contraintes, formules de rhétorique, ne vise pas à nous aider à écrire notre autobiographie, à doper le « je » aux anabolisants lexicaux, puisque comme l’écrit l’auteur au rayon « autobiographies, mémoires, journaux intimes, récits de voyages » : « L’autobiographie, si l’on est conséquent face à la question de l’identité, relève aussi de la pure fiction. » Il s’agira de libérer l’imaginaire. Les premiers exercices proposés visent donc à s’affranchir du poids que le sens des mots impose : « un impératif liminaire à toute investigation du langage pour lui-même dans l’espace poétique, est l’oubli du sens : les mots n’ont plus de signification fixe. » On va jouer sur l’effet surréaliste du hasard, du cadavre exquis, des sonorités pour lâcher les amarres d’un langage tenu en laisse, utilitaire, cartésien. Il s’agit aussi, nous dit l’écrivain, de désacraliser les mots. Sur ce registre, on remarquera que le livre qui nous est proposé joue la contradiction : son épaisseur, ses notes de bas de page auraient de quoi laisser à la porte les personnes pour lesquelles pourtant il a été composé…
Le Nouveau Magasin d’écriture fait bien plus que proposer des exercices d’écriture. Il offre ici une bibliographie poétique idéale pour les animateurs d’ateliers d’écriture, explore les genres littéraires, cite abondamment des centaines d’écrivains (jouant pleinement un rôle apéritif que l’école semble ne plus jouer), aborde à l’histoire littéraire, fait des jeux de mots façon almanach vers-mots, passe par l’étymologie, enchaîne de courts essais, donne des devoirs : « Vous traversez un pays inconnu où tout est mystère et enseignement. Racontez ».
Fidèle à ses convictions, Hubert Haddad expose les principes de la Nouvelle Fiction (mouvement baptisé en opposition à la mode de l’autofiction), explore « quelques mythes littéraires », cite Yves Martin ou les poètes du Grand Jeu, fait intervenir Borges dans un entretien imaginaire. Mais il serait vain de faire le catalogue de ce qu’on trouve dans un catalogue. Chacun, écrivain en herbe, enseignant, bibliothécaire, amateur de littérature, s’arrêtera aux rayons qui lui importent le plus.
Le Nouveau Magasin d’écriture est un outil, un usuel diront les bibliothécaires, propre à générer de l’enthousiasme. Le continent littéraire dont il dresse la carte mouvante reste perpétuellement une terre à explorer : dans le foisonnement des pistes et des chemins qui s’offrent à nous, Hubert Haddad fait de l’art de se perdre, la meilleure façon d’être libre.

Le Nouveau
Magasin d’écriture

Hubert Haddad
Zulma
938 pages, 30

Le guide de l’imaginaire Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°71 , mars 2006.
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