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Domaine français Routes et déroutes

mars 2006 | Le Matricule des Anges n°71 | par Hélène Pelletier

Voici le regard de Nicolas Bouvier (1929-1998) sur l’œuvre du « rôdeur ensorcelé » Charles-Albert Cingria : l’ouvrage achevé d’un parcours interrompu.

Charles-Albert Cingria en roue libre

Lorsque la Fondation Pittard de l’Andelyn lui propose d’écrire un « petit livre » sur l’auteur de Bois sec bois vert, Nicolas Bouvier a depuis longtemps, à travers ses lectures attentives et fascinées, engagé la réflexion et le dialogue avec cet écrivain comme lui genevois et promeneur. Véritablement entrepris à la fin de sa vie alors que la maladie l’avait déjà atteint, le travail de Bouvier sur Cingria n’avait jamais trouvé son achèvement. D’une justesse dans le ton et d’un geste sensible, Doris Jakubec, qui a entre autres auparavant collaboré au Dossier H (L’Âge d’homme, 2004), plantureux ouvrage consacré à Cingria, a mené à bien l’opération délicate d’offrir aux lecteurs un travail en friche, confiant avec doigté la poésie à l’inachevé et à l’imperfection.
De la même façon que Cingria médiéviste et latiniste dont l’œuvre est difficilement classable, faite de réflexions sur tout (l’homme, la musique, Dieu), formulées tandis que son regard se portait sur le moindre détail, de l’anecdote au paysage, en passant par la surprise et l’Histoire est dans ses livres en constant dialogue avec lui-même et ce qui l’entoure, Nicolas Bouvier cherche à engager conversation avec lui, à faire de leurs deux écritures une promenade côte à côte. Charles-Albert Cingria en roue libre en cela est une recherche en cours ; Bouvier y poursuit la quête d’une manière, et pour cela se tient au plus près des textes, et nous transmet ce qu’il perçoit, avec sa modestie et sa sensibilité connues d’écrivain-voyageur de grands chemins.
En première partie, sous le titre « Écrire sur Cingria », nous retrouvons treize courts textes dont la majorité sont réellement achevés. Parmi ceux-ci quelques inédits (certains sont déjà parus en 1995 dans un dossier du Journal de Genève), et de très beaux portraits de l’auteur, qui ouvrent l’appétit et renouvelle la curiosité devant cette œuvre qui à tort ferait craindre, puisqu’elle ne fait surtout qu’être attentive à « CE QUI EST LÀ ». Comme pour lui grandes et petites choses se confondent, la chronologie ne le concerne pas, « le temps n’existe pas », l’ensorcellement et le magique sont quotidiens, dans le passé ou le présent de l’anecdote et des longues promenades à vélo. Nous apprenons également de Cingria sa drôlerie, ses haines féroces, sa pauvreté souvent extrême, la solitude dont il est question dans ce parfait passage du Canal exutoire : « L’univers, de grands mâts, des démolitions à perte de vue, des usines et des villes qui n’existent pas puisqu’on s’en va, tout cela est à (l’homme-humain) pour qu’il en fasse quelque chose dans l’œuvre qu’il ne doit jamais oublier de sa récupération. » Ces phrases font écho à ce que l’on connaît de Nicolas Bouvier, elles ouvrent à coup sûr le dialogue entre eux, la possibilité d’une polyphonie, comme l’écrit Jakubec, d’une « expérience conjointe du goût, de la saveur et de la musique du monde ».
D’autres tentatives suivront : un avant-propos probable, des moments de réflexion au brouillon où l’on ressent de manière aiguë mais toujours pudique la maladie gagner sur l’auteur. Puis enfin de nombreux extraits commentés un à un, tirés d’écrits parmi lesquels les Autobiographies de Brunon Pomposo et le Grand questionnaire, tous plus éblouissants les uns que les autres (que l’on souhaitera apprendre par cœur), où l’on voit Cingria « partisan de la grande authenticité » où le rien devient impossible, oser nommer le besoin « d’hommes épais, de maisons épaisses, de vins épais ».
La méthode et certaines répétitions étonneront parfois, comme si l’on avait souhaité nous montrer ce qu’est un livre en devenir qui ne deviendra jamais. Comme si, en effet, le temps n’existait pas, que l’acte interrompu pouvait lui aussi, et peut-être mieux que tout autre, trouver écho. Et pourquoi pas.

Charles-Albert
Cingria en roue libre
Nicolas Bouvier
Zoé
172 pages, 18

Routes et déroutes Par Hélène Pelletier
Le Matricule des Anges n°71 , mars 2006.
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