La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
BP 20225, 34004 Montpellier cedex 1
tel 04 67 92 29 33 / fax 09 55 23 29 39
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Vous inscrire sur ce site Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Informations personnelles

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Histoire littéraire Henein c’est urgent

avril 2006 | Le Matricule des Anges n°72 | par Éric Dussert

Entre nid d’aigle et souricière, l’œuvre du clairvoyant Egyptien francophone attendait depuis 1973 une édition complète.

Le Salon du livre, qui vient de fermer ses portes, avait l’ambition de mettre en valeur cette année la « francofffonie » (sic). C’en est fini, et c’est un soulagement, de cette mascarade qui ne relève que d’un énorme exercice de ghettoïsation, répété désormais avec une infinie hypocrisie. Pas difficile en effet, d’y deviner aisément le mépris foncier c’est bien le mot d’une « grande nation » pour ses alliés mal germanopratinés. Et puis par quel mystère faut-il que les auteurs noirs (ne soyons pas niais, nous parlons bien de racisme latent) soient toujours présentés en groupe ? Avant d’être renvoyés à leurs soleils, pour être rappelés à la prochaine foire francophone ? Et, pareillement, qu’est-ce qui justifie que Georges Henein ne soit pas reconnu depuis longtemps comme un classique à l’usage de tous, à l’instar d’un Charles-Albert Cingria. Georges Henein (1914-1973) dont les archives finissent de sécher dans un appartement du Caire sans qu’on s’en inquiète, est probablement le plus mal traité des francophones du monde arabe. On a tressé des lauriers mérités à Albert Cossery et puis on s’en est tenu là. Pourtant, avec Georges Schehadé et Gabriel Bounoure, Henein incarnera assurément un jour l’une des belles parts de la littérature française de son temps, avec une présence qui ne trompe pas.
L’édition tant attendue de ses œuvres complètes établies par Pierre Vilar dévoile enfin l’écrivain dans toute sa puissance, sous toutes ses coutures, avec toutes ses plumes de poète, de critique et d’essayiste, de chroniqueur-billetiste et de pamphlétaire. Pas l’une ne manque et toutes ont de quoi surprendre. C’est, jusqu’à présent, le polémiste coupant qui avait suscité le plus d’intérêt. Élevé au biberon surréaliste, après l’avoir été par la bourgeoisie copte d’Egypte, Georges Henein fut si proche des surréalistes qu’il finit par rompre avec Breton en 1948 et par emplafonner sévèrement le communiste Aragon dans un brûlot resté fameux : Qui êtes-vous Monsieur Aragon ? (Masses, 1945 ; Le Tout sur le Tout, 1982). Et il savait varier ses cibles comme en témoigne une lettre ironique à Françoise Sagan qui se ferme sur un « Permettez-moi, Mademoiselle (…) de miser sur votre impatience plutôt que sur votre talent ».
Si la moquerie était forte, autant qu’était digne la position de cet Esprit frappeur d’outre-mer du titre de ses Carnets, 1940-1973 (Encre, 1980), Georges Henein n’était pas que colère. C’était un sage clairvoyant aussi ( « chassez l’artificiel, il revient motorisé ! » ), doublé d’un homme d’esprit dont on aurait beaucoup à apprendre. C’était aussi un penseur de la chose littéraire (Le Rappel à l’ordure, 1935) et de ses malfaçons et autres coudages. « Quand des vêtements sont trop élimés, les gens économes les retournent. Soyons des économes du verbe et retournons les paroles qui ont trop servi ». (1965)
Cum granum sali, ses articles de Jeune Afrique ou du Progrès égyptien montrent à quelle altitude il plaçait les choses. «  « J’en ai assez, précisa Kateb Yacine, de ces intellectuels qui s’adressent aux prolétaires et des prolétaires qui disent merci aux écrivains. Les premiers traitent les seconds comme des »natures mortes« et attendent eux-mêmes d’être considérés comme des sortes de prophètes. » Je voyais où Kateb Yacine voulait en venir. Au point de saturation et de ridicule où le « mensonge social » du penseur perd sa signification pour devenir un rictus académique. C’est un fait que les intellectuels seraient bien embêtés sir on les privait de prolétaires. »
Si l’on ajoute à ces bons morceaux les éloges justifiés par Une certaine poussière (Mercure de France, 1965 ; Le Nyctalope, 1982 ; Grandes largeurs, 1982), l’un des magnifiques récits-poèmes en prose du volume, on obtient des lauriers rutilants, une source d’engouements répétés, une impression d’irremplaçable apport aux lettres, de lacune enfin comblée. Henein, enfin.

Éric Dussert

Œuvres
Georges Henein
Édition établie par Pierre Vilar
Préface d’Yves Bonnefoy et Berto Farhi
Denoël, 1072 pages, 50

Henein c’est urgent Par Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°72 , avril 2006.
LMDA PDF n°72
4.00 €