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Domaine français Le feu aux poudres

mai 2006 | Le Matricule des Anges n°73 | par Lucie Clair

Mettant en scène un cataclysme mondial radical, Vincent Borel laisse libre court à sa colère envers ce qui détruit avec truculence, comme toujours.

Dans une colonie de vacances isolée et ostracisée par les habitants du cru aux confins du val Alpin de Durbon, Guillaume Farel, moniteur aux prises avec un trio de pré-adolescents au langage fleuri et aux divertissements sujets à poursuites judiciaires, décide de les emmener escalader le col de Garnesier, dit « le mont cornu ». Son but est de « calmer les ardeurs des gosses », et, à titre plus personnel, satisfaire une quête identitaire légitimée par sa discipline il est étudiant en histoire et son statut de pupille de la Nation, en explorant le fief d’un autre Farel, réformateur ayant trouvé refuge en ces vallées au cœur des affrontements entre protestants et catholiques au XVIe siècle. L’excursion aurait pu être anodine, mais ce serait sans compter avec l’imagination débordante et truculente de Vincent Borel. Ici, rien de moins qu’un coup de foudre magistral en forme de « langue du dragon » au terme d’un orage digne de Pyromanes mythiques pour envoyer les survivants, en l’occurrence Guillaume, devenu sourd-muet et Mehdi, l’un des ados, aveugle, à l’hôpital. Dotés d’un curieux pouvoir prophétique, ils sont projetés, ainsi que les personnages bizarres gravitant aux abords du lieu de l’ascension et de l’accident Paule, jeune parisienne éprise de destroy-art en panne de gratification, Martial, ermite compagnon des loups et amoureux des arbres dans les dérives d’une fable de science fiction écologique et colérique teintée d’un sens de l’humour ravageur.
De par sa cécité, Mehdi a accès à la vue, celle des cataclysmes passés et à venir, les convulsions de la terre éventrée par l’avidité des hommes, « il est traversé de séismes sous-marins. Il assiste à la pêche aveugle des tsunamis, croise les centaines de milliers de morts, le ventre gonflé et les yeux mangés, que la vague a happés sur les plages. » Il est revenu de son voyage sur le dos du dragon fortifié, sa haine de jeune banlieusard transmutée. Guillaume entend, non plus les voix des humains qui ne font plus que brouhaha, mais « il a en lui les mille voix des espèces agonisantes, tapies dans l’ultime recoin de la forêt incendiée ou sous le béton du terrain inconstructible envahi par la nécrose pavillonnaire. Guillaume porte en lui la mémoire du casoar et de l’archéoptéryx, du tigre à dents de sabre, des madrépores et du lépidodendron, de tout ce qui est mort et voudrait pourtant revenir. » Entre les deux infirmes, le dialogue s’instaure par des voies invisibles : « on ignore qu’ils sont revenus à la vie tels ces fous peints sur les tableaux anciens, et qui marchent de concert en se prêtant chacun leurs infirmités respectives. » Nul ne sait qu’ils portent en eux la fable du devenir de l’humanité, et le microcosme qui les entoure s’obstine à poursuivre ses activités guidées par des appétits insatiables, comme à s’enliser dans les dédales des scandales politico-judiciaires. Puisqu’il faut bien des coupables et des victimes à la société, le procès de Guillaume, tenu pour responsable de la mort des deux autres adolescents et de l’infirmité de Mehdi tend à rationaliser l’inexplicable. La prophétie dite, et faute bien sûr d’être entendue, ouvre la porte à l’invasion des oiseaux chargés de répandre sur le monde leur fiente virulente, et augure du « prout géologique » qui provoquera « l’inversion des pôles », la « suspension de toute activité électrique » et l’avènement d’un monde nouveau.
Avec ce texte servi par sa langue élégante et précieuse, Vincent Borel s’essaie avec bonheur au parlé des banlieues, à la gouaille de la « raille-ca » du XXIe siècle sans rien perdre de sa musicalité ni de sa poésie. Pyromanes nous offre aussi un souffle qui embrase et emporte, par sa colère flamboyante, les détritus d’une humanité perdue, et, rappelant que « le souffle par lequel l’homme forme ses mots n’est qu’un sens qui passe » convoque en chacun le souvenir du sens de l’humilité.

Lucie Clair

Pyromanes
Vincent Borel
Sabine Wespieser éditeur, 152 pages, 17

Le feu aux poudres Par Lucie Clair
Le Matricule des Anges n°73 , mai 2006.
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