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Poésie La passe du bâtonnier

juin 2006 | Le Matricule des Anges n°74 | par Emmanuel Laugier

Dans « Coudrier », les vers de Jacques Dupin agissent comme les perles d’un même collier, où la langue, rocailleuse, s’emporte toujours au bout d’elle-même.

Cendrier du voyage

Le coudrier est l’autre nom du noisetier, mais plus couramment, la baguette de bois (de coudrier) du sourcier. Elle agit à la présence d’une source, d’une nappe d’eau souterraine. Elle est magnétique, vibrante, canal d’énergies et, dans ce nouveau livre, ce que l’écriture aborde et prend à elle comme sa part inconnue, son X virevoltant à idée fixe. Jacques Dupin l’annonce sans détour dans les premières pages, sans majuscule aucune dans tout le livre, et jusqu’à rendre négative l’expérience poétique elle-même, amorce en fait explosive de son chantier d’horribles travailleurs : « l’entame serait poésie mauvaise/ comme on chasse l’ours et la bécasse/ en mélangeant les cartouches ». Depuis Cendrier du voyage (G.L.M., 1950), réédité aujourd’hui, on mesure le chemin parcouru par Jacques Dupin, chaque nouveau livre (plus de vingt) étant la contradiction presque forcenée du précédent, la remise en jeu d’une écriture, l’effraction de ses dires et de ses tours. C’est en asphyxiant les ruses du poème que Dupin trouve sa respiration. Respirer, contradictoirement, est conquis dans l’irrespirable « longue saignée des siècles », son « nœud d’asphyxie formelle » (Cendrier du voyage) se détendant alors pour laisser entrer en lui la dénudation d’une langue forgée sur le vide anonyme de l’existence. « (N)ous sommes un très petit nombre/ à nous effacer pour écrire » (Coudrier) : ces vers rappellent l’unité sacrilège que Dupin n’a cessé de garder en lui comme la seule dynamique véritable du « métier de vivre » (René Char). Elle implique une logique du désœuvrement, que le poème ranime comme sa planche de vivre à lui. Coudrier s’y tient avec une simplicité qui désarçonne, le livre se présentant comme une liasse de morceaux, de fragmes, selon le mot de l’auteur, qu’aucune idée de placement ne vient structurer. S’apparentant plutôt à un ramassis de perceptions, de micro-réflexions sur le fait d’écrire, Coudrier est une besace de mémoire aussi antédiluvienne qu’en prise sur le présent le plus immédiat. Le tout est jeté comme un dé, chaque coup y étant celui qui se devait : « le tourniquet donne le la/ et, à la nuit, le lit, la lie, le tourment/ la peur », quand, plus bas, « la vie désaccordée » est « en allée dans la touffe/ et la procession des folles ». Le commencement est encore nommé, et si l’on sait que Dupin passa son enfance dans l’enceinte de l’hôpital psychiatrique que dirigea son père à Privas, que les folles s’emparèrent de lui, on mesure alors ce qu’elles allaient bouleverser de son rapport à l’écriture. À celles qui n’avaient plus de voix, qui geignaient dans le soubresaut de leurs corps démantibulés, Jacques Dupin va donner une parole. Dans la violence même de leur condition, il écrit sa naissance à lui, celle de nous tous, la tension des pulsions, le désarroi et ce qui « se dénude par le rire » (Cendrier du voyage).
Dans Coudrier, là encore, Jacques Dupin y devient ce bâtonnier du rien, des mendiants, des sans-voix, il ramasse à lui les restes laissés dans un coin, et lance à la gueule de la mort la « juridiction de la semelle/ du bâton contrecarré ». Coudrier entend tout, il assume jusqu’au bout de la langue l’ « entropie du dictamen/ (la) juridiction du talon ». Ce livre dénonce, baguette inflexible, ce qui s’immisce en lui comme son meilleur ennemi, car, selon le poète Jean-Patrice Courtois, « la recherche de l’ami est l’excellent bâton de sourcier pour découvrir l’ennemi, le meilleur même, puisque le meilleur ennemi est celui qui se cache dans l’ami, non le plus proche mais le plus loin, donc le plus éloigné » : « vieux ennemis, écrit imperturbable Jacques Dupin, et complices/ ayez la délicatesse// de glisser dans mon sac à dos/ la tomme, le radis noir (…)/ être le couteau de soi ».

Emmanuel Laugier

Jacques Dupin
Coudrier
P.O.L, 112 pages, 16
Cendrier du voyage
Édition Fissiles, 32 pages, 8
21, grand’rue 09310 les Cabannes

La passe du bâtonnier Par Emmanuel Laugier
Le Matricule des Anges n°74 , juin 2006.
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