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Intemporels Les saboteurs célestes

septembre 2006 | Le Matricule des Anges n°76 | par Didier Garcia

Romancier de l’Ouest américain, Edward Abbey (1927-1989) signe ici une formidable épopée écologique. Un roman incitatif et haletant.

Le Gang de la clef à molette

Fort heureusement, ce livre n’entretient qu’un rapport très lointain avec ce que son titre pourrait laisser entendre : pas question ici ni de gangsters ni de mafia, et encore moins de voleurs de mobylettes…
Officiellement constitué au cinquième chapitre (les quatre précédents présentant séparément chacun de ses membres), ce gang n’a vraiment rien à voir avec le crime ; il réunit des éco-activistes (entendez : militants écologistes) qui se sont retrouvés autour de récriminations communes contre le gouvernement des États-Unis, le consortium des compagnies pétrolières et la mondialisation, dont la politique pour eux se résume à « croissance pour le plaisir de croître, puissance pour la puissance ». Les quatre protagonistes pourraient d’ailleurs être les enfants d’Edward Abbey, écrivain américain qui fut aussi le pionnier de la défense de l’environnement, et qui a consacré son œuvre à dénoncer les ravages du progrès technique (dans certains de ses propos, on croit percevoir la voix lointaine de Henry David Thoreau : « Tout patriote doit être prêt à défendre son pays contre son gouvernement »). Ils ont surtout en commun les mêmes désirs de désobéissance civile. Ensemble, ils vont se livrer à des opérations d’assainissement du paysage : actions de sabotage pour ralentir les constructions de ponts, routes et autoroutes à proximité du Grand Canyon, destruction des panneaux publicitaires qui enlaidissent les abords des routes pour faire bref : jeter quelques grains de sable dans les rouages bien huilés de l’industrie locale, et lutter comme ils le peuvent « contre un système fou qui rabote les montagnes et dévore les hommes ».
Ce quatuor de choc, qui va se donner des allures de commando, réunit des personnalités très marquées. Doc Sarvis, chirurgien de son état, met surtout la main au portefeuille pour financer des opérations coûteuses en matériel. Mormon polygame et guide d’excursions rêvant de détruire le barrage qui griffe le Colorado (depuis la pose de l’immense dalle de béton, son eau jadis rouge ressemble à celle des glaciers), Smith apportera au groupe sa connaissance du terrain (le Grand Canyon, c’était son jardin d’enfant). Hayduke est la caricature vivante du soldat américain (revenu amoché de la guerre du Vietnam après avoir été prisonnier du Viêt-cong certaines nuits, des souvenirs de massacres viennent encore déchirer son sommeil) ; même son langage sent l’exagération : il est incapable de proférer la moindre phrase sans l’assaisonner d’un juron, et son mot préféré est dynamite, avec laquelle il rêve lui aussi de faire sauter le barrage. Seule femme du groupe, assistante de Doc Sarvis, Bonnie est une WASP (White Anglo-Saxon Protestant) ; signe particulier : elle se promène toujours avec un peu d’herbe dissimulée dans un étui à Tampax. Sa sensualité donnera le tournis à la tête pourtant bien brûlée qu’est Hayduke.
Leurs préparatifs de campagne tiennent à la fois du stage de survie et de l’expédition en haute montagne : établissement d’un camp de base, camouflage de matériel et de denrées alimentaires dans les anfractuosités du décor, reconnaissance du terrain, activités auxquelles se mêlent des comportements de rigueur comme l’effacement systématique des empreintes ou la surveillance de l’ennemi. Le lecteur les accompagne ensuite dans leurs premières missions nocturnes, à savoir des sabotages, dont la réalisation, minutieusement préparée, paraît être orchestrée par des professionnels. Rapidement, ils se spécialisent dans ce qui va devenir leur jeu favori : mettre un bulldozer en marche et le précipiter au fond du Canyon.
C’est bien sûr très drôle (le lecteur partage souvent l’hilarité du groupe et la jubilation de Hayduke), mais vous n’escamotez pas des bulldozers, fût-ce en pleine nuit, sans alerter le Landerneau. Après quelques opérations, ils ne sont plus vraiment seuls : dans leur sillage rôdent désormais ceux qui aimeraient bien mettre un terme aux activités de ces joyeux plaisantins. Une véritable odyssée commence alors pour le groupe, qui se retrouve proprement traqué. Mais comme dans le Thelma et Louise de Ridley Scott (1991), l’étau se referme vite autour d’eux, ne leur laissant d’autre alternative que de se rendre ou de mourir (pour préserver un peu du suspense final, on se gardera d’en dire plus).
Depuis sa parution, Le Gang de la clef à molette est tenu pour une bible par les écologistes les plus ardents il est vrai qu’il possède assez de force pour inciter les plus frileux à prendre les armes (et les intrépidités des quatre comparses ont de quoi séduire : on prend même fait et cause pour ces grands gamins qui jouent quand même de drôles de tours à plus forts qu’eux). D’un point de vue plus littéraire, on pourrait avancer qu’Edward Abbey évolue quelque part entre Thoreau et Kerouac. Quoi qu’il en soit, ce roman est délicieux : vif, haletant, volontiers gouailleur, il se dévore comme un bon polar qui céderait çà et là à de beaux élans poétiques (c’est d’ailleurs en cela que sa plume rappelle celle de Kerouac). Quand on célèbre à ce point la nature, se montrer poète, c’est la moindre des choses.

Le Gang de la clef à molette
Edward Abbey
Traduit de l’américain par Pierre Guillaumin
Gallmeister
496 pages, 24,50

Les saboteurs célestes Par Didier Garcia
Le Matricule des Anges n°76 , septembre 2006.
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