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Jeunesse Au nom des siens

octobre 2006 | Le Matricule des Anges n°77 | par Malika Person

Un adolescent français se rend en Algérie en quête de sa mère d’origine. Comment se construit une identité ? Un roman tout en retenue d’Anne Vantal.

Le retour sur les traces d’origine guérit-il de la blessure de l’abandon ? C’est autour de cette question existentielle importante qu’est construit le roman d’Anne Vantal. Il aborde sans faux-semblants les remaniements psychiques d’un adolescent, né sous X (le terme n’est jamais employé dans le roman) et adopté.
Félicien, à peine âgé de 18 ans, décide d’accéder à son dossier pour découvrir ses origines. Le choc émotionnel est intense : il apprend que sa mère est algérienne. Alors que le lecteur était en empathie avec le personnage, il découvre avec stupeur la réaction raciste de Félicien : « Je me sentais trahi. Sali. Arabe (…). J’étais le même et cependant totalement différent. Je cherchais dans la glace les indices qui auraient dû, depuis l’enfance, me mettre la puce à l’oreille. » À cette réaction épidermique, maintenant le lecteur à distance ?, succède l’humiliation que ressent le personnage face à cette « faiblesse », à ce « dégoût », ce « racisme tout neuf ». Félicien a toujours su qu’il était un enfant adopté mais des questions identitaires ont émergé. Même s’il s’inscrit dans une généalogie, une parentalité réciproque et une filiation avec ses parents adoptifs, il garde en lui les blessures affectives liées à son expérience d’abandon. Son parcours initiatique prévaut à une sorte de renaissance ou de réconciliation avec lui-même. Au-delà des réponses à ses questions, il cherche à mieux se connaître, à retrouver confiance en lui et continuer de se construire.
Dans ce journal intime écrit dans une langue limpide, aux accents parfois poétiques, Félicien confie, avec une relative clarté d’esprit, ses attentes, ses doutes et ses certitudes. Sous la chaleur écrasante du mois d’août, il cherche la femme qui l’a porté pendant neuf mois. « C’est mon histoire », écrit-il pour justifier le secret de sa destination à ses parents. Il cherche la trace, l’empreinte de Samira dans cette Algérie dont il s’éprend, dont il ignore tout et qu’il n’a de cesse de prendre en photo.
L’alternance des descriptions précises des paysages grandioses, du rendu des atmosphères singulières procède à dédramatiser la gravité de la situation mais aussi à prendre le temps d’un voyage contemplatif et mental. De cette expérience unique, Félicien veut conserver la mémoire.
La narration descriptive ralentit le mouvement de progression vers le « but » de Félicien, ménageant le suspense certes, mais induisant aussi une analogie à un travail respiratoire avant d’affronter les événements à venir. Des phrases simples distillent le verbe traduisant avec justesse le minutieux travail de reconstitution de l’adolescent. Le temps semble suspendu comme dans le village lové dans les montagnes arides du Djurdjura où se rend Félicien pour rencontrer Samira (qu’il ne qualifiera jamais de « mère »). Mais il se retrouve face à face avec une vieille dame qui lui annonce la mort de sa fille l’année passée et lui donne de précieuses informations sur sa famille. Félicien reconnaît sa « grand-mère », il accepte la transmission mais elle ignore qui il est (il ne lui révèle pas son identité).
Il semble que pour Félicien nommer, c’est inscrire. Le nom devient le point d’amarre où Félicien se constitue. L’idée lacanienne qu’avec le nom, c’est la vérité de l’enfant qui émerge, est présente tout le long du roman. Dès lors que Félicien stabilise son rapport imaginaire à sa mère, Nadia, une amie de Samira lui confie que son père est un Français. La question du père apparaît à la fin du récit laissant entrevoir d’autres questions existentielles latentes que n’aura pas résolu ce retour aux origines.
Un été outremer ouvre à d’autres réflexions : l’adoption est encore ancrée dans la tradition du secret, lui-même profondément ancré à l’histoire de la famille. En ne divulguant jamais la vérité sur le motif de ses recherches, en ne divulguant rien à ses parents adoptifs, Félicien tisse un lien très fort entre lui et Samira. C’est leur secret à tous les deux. Exclusivement.

Un été outremer
Anne Vantal
Actes Sud junior, « Ado »
125 pages, 8

Au nom des siens Par Malika Person
Le Matricule des Anges n°77 , octobre 2006.
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