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Domaine français Des étoiles et des sauvages

octobre 2006 | Le Matricule des Anges n°77 | par Pierre Hild

Un certain retour à l’extrême sauvagerie

L' Étoile la plus proche

Les Écrits mystiques de Vicence

Jacques Ferry, originaire de Vicence dans le nord-est de l’Italie, est né en 1950 à Montbéliard. Depuis, il vit en Franche-Comté, dans ce pays de Trêlles, pays réel/imaginaire que Matthieu Messagier décrit dans son livre Orant. De sa vie, on connaît peu de chose. Il fut de l’aventure du Manifeste électrique, en 1971, côtoyant déjà Messagier ou Michel Bulteau. Il participa à la fondation des éditions Electric Press. Il connut sûrement les tribulations d’un jeune homme qui vivait la marge de son temps : voyage à New York, passage éclair à l’Actor’s Studio. Bien vite, plutôt que de battre les estrades publiques, il prit le maquis d’une campagne personnelle. Seul le film de Nicola Sornaga, Le Dernier des Immobiles (2004), le fixe sur grand écran. Trop occupé, par ailleurs, à l’édification d’un musée personnel qui mêlerait Louis II de Bavière et le Velvet underground ; à rouler ses quatre-vingts kilomètres quotidiens, à bicyclette, car « la conquête musculaire inspire une tour d’ivoire ». Jacques Ferry est un écart, une voix off, un personnage que l’on imagine proche d’Alfred Jarry et son pédalier ’pataphysique, ou de Maurice Fourré, quincaillier surréaliste. Un des personnages de Ferry, le poète coq mède, le dit : « La poésie, c’est de la quincaillerie, comme le reste… »
Les trois textes publiés sont comme les panneaux d’un même tableau composé entre 2001 et 2003. Ils sont les rivières artificiellement découpées qui alimentent un torrent qui gronde. Tel un Ferry sur son vélo, telle une pierre dans ce torrent, une phrase, ça se roule, se forme et se déforme au contact d’une autre. Pour le lecteur, ils restent les lignes entremêlées d’un même rhizome.
Ferry c’est un « théâtre », comme on dirait « tout un poème ». Un théâtre d’ombres, de silhouettes, de marionnettes, où les guignols se découvrent poupées russes. Que l’auteur adopte ou non un dispositif idoine comme dans les trois actes de « La Pureté », sous-partie de L’Étoile la plus proche d’elle-même la voix du texte emprunte aux paroles de nombreux personnages, récurrents : Jody G. Laponie, Roger Grizzly, Martine Carol, Patrick Baobab, Joselito, les trois Stooges… Ombres errantes, icônes de papier jauni, étoiles filantes, ces personnages n’ont pas d’identité limitée, pas de raison sociale. Ce sont des « Animaux Fabuleux qui ne cotisent pas ». Si l’un d’eux se nomme le petit ramoneur, tous ont en commun d’être des rémouleurs qui attendent leur heure : « L’Heure de moudre (qui) indemnise les gestes vagues ».
Ils disent. « Je suis trop pur pour ce monde », « pas facile pour un cœur simple de penser à autre chose ». Ils disent un autre temps. Un temps perdu, certes, qui se confond parfois avec les âges de l’enfance et de l’adolescence. Ils disent cet autre temps, surtout, qui diffère des questions des maîtres et des adultes. Dans leur flux de paroles, il n’y a pas d’après, pas de plan de carrière. Rester en devenir exige de ne pas répondre au « que souhaitez-vous devenir après ? » mais de le remplacer par « Que souhaitez-vous devenir avant ? »
Écrire, c’est dire, multiplier les dits, accumuler les phrases simples de cœurs simples. Si la phrase se gonfle, parfois, c’est qu’elle monte d’une succession de formes simples : sujet, verbe, complément. Aphorismes énigmatiques. « Le fond des choses ne précise pas comment s’asseoir « . » La séparation exige les ablutions de Manosque ». Séquences coupées d’un épisode narratif. « Les haut-parleurs diffusent « Stormy Weather » entre les branches de houx ». « Un type boursouflé me demande de retrouver une Marilyn de Rapid City ». Coq-à-l’âne aux liaisons monstrueuses et merveilleuses. « Les variétés approfondissent l’urinoir du kiosque ». « Les mœurs nocturnes d’une main gantée obtiennent les palmes désœuvrées ». Jouant de la plongée et de la contre-plongée, multipliant les angles de vues, collant les morceaux disparates de films perdus empruntant là, peut-être, aux cut-up d’un Burroughs Ferry traverse les eaux dormantes pour décoller la phrase du monde des apparences, atteindre ce point où la phrase « correspond au fond du lac et annonce un tel renoncement aux apparences ».
Pour dérégler l’ordre d’un certain monde, l’humour est une arme. Il y a les anecdotes incongrues : « J’ai vu Roger Lanzac comme je vous vois dans une épicerie vers 1959 ». Les tautologies qui forment blague à toto : « C’est au cours de l’élection de la supermamie que la supermamie a été élue supermamie ». Le détournement des jeux de mots idiots : « Arlette à Malibu ». C’est bien ainsi. À côté des fulgurances poétiques, un calembour lourdaud. On ne regarde pas à la dépense, ici « Tout cycliste est aussi bien champion de la dépense » dit Pierre Parlant dans sa postface à Un certain retour… Jouir des trésors de la phrase, c’est savoir la dilapider. Et puis, comme le dit Lord Nagasaki « La sécheresse détruit les films burlesques ».
« Ce que j’aime le plus dans la vie, c’est écouter la pluie jusqu’à perdre mon identité tandis que la brise se lève en se rapportant à l’anonymat dont on entoure la chandeleur et l’heure de moudre à une fraction de seconde de la saponine un dimanche. » Pour apprendre à écouter la pluie, donc.

Jacques Ferry
Un certain retour
à l’extrême sauvage

et L’Etoile la plus
proche d’elle-mÊme

MF éditions
72 et 192 p., 9 et 12
Les Écrits mystiques
de Vicence

Le Castor astral
160 p., 14

Des étoiles et des sauvages Par Pierre Hild
Le Matricule des Anges n°77 , octobre 2006.
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