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Théâtre Danis, le chaman

novembre 2006 | Le Matricule des Anges n°78 | par Laurence Cazaux

Avec « Terre océane », l’écrivain québécois raconte comment vivre à hauteur de la mort. Un texte saisissant de sensibilité.

Pour moi, se raconter, c’est ne pas pouvoir faire autrement que de faire surgir en nous les rivières, les cailloux, le ciel, les étoiles, comme si on pouvait s’y métamorphoser. » Voici l’un des enjeux d’écriture du Québécois Daniel Danis. Son dernier texte publié par les éditions de l’Arche, Terre Océane, est absolument magnifique, bouleversant dans sa très grande simplicité. Gabriel, un enfant de dix ans, va re-débouler dans la vie de son père adoptif, Antoine, le jour des quarante ans de ce dernier. L’enfant étant atteint d’une maladie incurable, la mère ne trouve plus la force de s’occuper de lui. Antoine va arrêter son boulot, il dirige une boîte de production de films à Montréal, et partir au fin fond de la campagne québécoise avec l’enfant chez son oncle Dave, qui l’a élevé. Ce dernier est bûcheron et chaman. Les deux adultes vont accompagner l’enfant dans la mort… Nous traversons plusieurs mois, novembre, la période de Noël, la nouvelle année, avec la neige qui recouvre toute la terre jusqu’au printemps qui s’annonce… La pièce raconte un rite initiatique pour chacun des trois personnages, pour l’enfant qui va arriver à mourir sereinement, pour l’oncle Dave dont la mort est proche et pour Antoine qui se « pourquoitise » dès ce « onze des morts » : « la vie me revient-elle avec la mort ? » L’oncle Dave habitue l’enfant à voir des images inhabituelles. Ils construisent un chemin avec des rondelles de bois, comme une rampe de lancement, pour permettre au corps de prendre le bon chemin. Parce que pour Dave « des fois, on part du corps pis on est tout mêlé, on sait pas par où passer parce que ça, on l’apprend pas dans les livres ». Il n’y a aucun pathos dans cette écriture-là, mais bien au contraire une grande pudeur et une force incroyable… Malgré et même à cause de la présence de la mort, toute la pièce est un hymne à la hauteur de la magie de la vie, de ses petits moments de bonheur, comme de ses grands mystères. L’auteur annonce avoir écrit un roman-dit. Un drôle de mélange entre des parties dialoguées et des temps de récit. Dans un entretien avec Yannic Mancel pour le théâtre du Nord à propos de l’une de ses précédentes pièces, Cendres de cailloux, Daniel Danis raconte : « Quand j’écris, ma main est séparée du reste du corps, qui lui, avec ma tête, est ailleurs, dans une expérience de vie ancienne et profonde. C’est aussi parce que, au lieu de voir des personnages avec une psychologie, je vois des figures composées d’éléments naturels et organiques. Les images s’imposent toutes seules, de même que les syncopes, les ellipses et les trous qui les séparent. Ma main va parfois tellement vite qu’elle saute par-dessus les mots et les associations d’images. De ce point de vue, je me sens très proche des chamans et du chamanisme. »
Daniel Danis nous propulse ailleurs, dans l’essence même de la vie, dans une quête spirituelle ou une quête de beauté… Chaque lecteur voyagera avec cette pièce à sa manière, remplira les espaces laissés par l’écrivain à sa façon. Avec cette écriture très imagée, ses mots inventés, son oralité, Daniel Danis tisse un texte en lien avec les éléments naturels, avec ce qui fonde au plus profond notre humanité, nos rêves, notre inconscient, ce qui nous dépasse, aux différentes présences du réel, aux « muances », un théâtre où les questionnements sont essentiels et les formulations poétiques. À l’image de son processus d’écriture : « J’ai cru longtemps que c’était mon cerveau qui guidait ma main, je sais maintenant que ma langue est dans mon pied, parce que c’est lui qui touche le sol et me relie à la terre-mère ».

Terre océane
Daniel Danis
L’Arche
86 pages, 10

Danis, le chaman Par Laurence Cazaux
Le Matricule des Anges n°78 , novembre 2006.
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