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Domaine français Durassiquement vôtre

novembre 2006 | Le Matricule des Anges n°78 | par Didier Garcia

Dix ans après sa mort, l’auteur mythique de L’Amant nous revient avec des pièces de jeunesse : retour sur l’enfance d’une œuvre.

Cahiers de la guerre et autres textes

Voici donc réunis les documents les plus anciens parmi ceux que Marguerite Duras (1914-1996), un an avant sa mort, a déposés à l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine (Imec). Quatre petits cahiers datant de 1943 à 1949 (et notamment ces « deux cahiers des armoires bleues de Neauphle-le-Château » évoqués dans La Douleur), ainsi que quelques textes de la fin des années 1930, colligés en fin de volume.
Comme l’affirment les deux responsables de cette édition, ces cahiers, « ni simples brouillons ni fragments épars, sont une expression de l’œuvre à l’état naissant ». Les années d’après-guerre furent pour l’écrivain une période charnière, durant laquelle Marguerite Donnadieu allait devenir Marguerite Duras (ses deux premiers romans ont été publiés en 1943 et 1944). Pour l’essentiel, on y découvre des récits autobiographiques, centrés sur son enfance en Indochine (« Je ne veux pas m’embarquer dans une peinture de l’Indochine en 1930, mais avant tout parler de ce que fut ma jeunesse », autrement dit un frère violent, une mère institutrice, l’achat d’une concession qui ruinera progressivement la famille, et la rencontre de Léo dans sa Morris Léon-Bollée), ou sur le retour des camps de Robert Antelme, son premier mari. Des textes qui trouveront respectivement à s’intégrer, moyennant quelques retouches, dans Un barrage contre le Pacifique (1950) et dans La Douleur (1985). On y trouve surtout de nombreuses pages magnifiques (qu’il s’agisse de celles consacrées à l’attente de Robert Antelme, ou de celles écrites sur son premier enfant, mort une heure après sa naissance), des tournures syntaxiques qui seront une des signatures de Duras (« Il se place lorsqu’elle avait quatorze ans la fille que j’étais »), ou une manière d’écrire reconnaissable entre mille : « Je traversai. La traversée de cette salle par mon personnage s’accomplit, dans un profond silence provoqué par l’entrée de mon personnage ». Quant aux textes réunis en fin de volume, beaucoup moins aboutis que les précédents, ils présentent d’autres aspects de son enfance (la seule et unique mention dans son œuvre de la mort de son père), et des textes de circonstance (à forte coloration politique).
Que penser au juste d’un tel volume ? Ceux qui n’ont jamais lu Duras tiendront sans doute là une formidable incitation à découvrir son œuvre. Mais les autres, les familiers ? Qu’en sera-t-il pour eux une fois passé le premier plaisir des retrouvailles après ces années d’absence ? On peut craindre qu’ils ne soient déçus.
Dans la mesure où il s’agit de textes dont Duras s’est servi pour quelques-uns de ses romans, ce recueil invite à une lecture génétique, sans en donner réellement les moyens (tout au plus exhorte-t-on les spécialistes à consulter les originaux à l’Imec). Le lecteur pourra bien sûr, au prix d’une gymnastique assez désagréable, collationner la version des Cahiers et la version définitive, mais ce ne sera guère qu’un simulacre de lecture génétique, l’idéal en la matière étant de consulter tous les états successifs d’un texte.
Pire encore : d’ordinaire, les publications posthumes ajoutent une pièce à l’édifice, comblent un manque, ou donnent à découvrir un autre visage de l’écrivain. A fortiori quand il s’agit d’écrits intimes ou de cahiers de travail. Ici, il n’en est rien. Les inédits sont rares. Et tout Duras est déjà là (sa manière, son goût de l’épithète définitive, de la formulation absolue, celle sur laquelle il n’y a plus à revenir). Elle est là, même dans les textes les plus anciens, où la phrase porte déjà des accents durassiens : « Elle conservait sur son visage un terrible sourire, un sourire foudroyé ». On a beau chercher, c’est toujours du Duras. Comme si Duras ne pouvait être que Duras. C’est à la fois incroyable et frustrant.

* Exposition « Marguerite Duras, une question d’amour », du 4 novembre au 21 janvier, à l’Imec, abbaye d’Ardenne (Calvados)

Cahiers
de la guerre
et autres textes

Marguerite
Duras
Édition établie
par Sophie Bogaert et Olivier Corpet
P.O.L / Imec
448 pages, 22

Durassiquement vôtre Par Didier Garcia
Le Matricule des Anges n°78 , novembre 2006.
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