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Domaine français Ada ou l’anamorphose

mars 2007 | Le Matricule des Anges n°81 | par Jérôme Goude

Hybride et poétique, le premier roman de Jérôme Bonnetto révèle les affres d’une passion soumise à l’œil insatiable d’un objectif photographique.

Dans le café français de Josefov à Prague, Ada Krocínova, énamourée et fébrile, attend Alexandre, un jeune photographe français. Perdue dans la contemplation d’une affiche représentant le célèbre café de Flore, absorbée par la rémanence de quelques vers de « Zone » d’Apollinaire, Ada attend celui à qui elle fera don de son amour absolu. Celui pour qui elle sacrifiera sa virginité. Dans sa chambre, après s’être offerte, Ada compulse le petit carnet mauve d’Alexandre et s’identifie à l’objet idéal de sa quête improbable : être cette « femme dans l’étourdissement d’une finalité intérieure avec la rue et le ciel pour seuls témoins avec ce désir pulvérisé pour plus grande force ». Amoureuse, elle quitte Prague et s’installe chez Alexandre, à Paris.
Alexandre est obsédé et par le souvenir d’une mort inconsolable et par son appareil photographique. À Paris, il conduit Ada au Père Lachaise, sur la tombe de Marie Longchamp, sa mère. Celle dont il imaginait qu’elle « détenait les clés de l’énigme » et pour qui son propre regard « pouvait changer quand il oubliait l’espace d’un instant qu’il était son fils », semble s’interposer subrepticement entre les deux amants. Mais le ventre d’Ada n’est-il pas aussi le « point des armes des coupures des balafres des entailles incisions dissections arrachements » ? Partout où il se trouve, dans l’intimité ou dans les rues parisiennes, Alexandre darde son « œil de cyclope » et déclenche la cataracte photographique. À l’instar du japonais Nobuyoshi Araki dont l’acte photographique a entièrement investi la sphère privée, Alexandre additionne les clichés du corps diffracté d’Ada. Cet art hante à la fois l’imaginaire d’Alexandre et Vienne le ciel. Photographe, Jérôme Bonnetto y intercale en effet maintes références à la technique et à l’histoire de la photographie. Il vient d’ailleurs de publier un recueil de photos agrémenté de textes coécrits avec Claire Legendre, Photobiographies (Éd. Hors Commerce, 2007).
De plus en plus esseulée, captivée par le « regard froid de l’objectif », Ada est comme prise dans le cristal des fantasmes d’Alexandre. Quand bien même il n’aurait qu’un désir pétrifié, elle résiste et part avec lui au Japon. Confrontée à des scènes violentes et humiliantes, elle fuit Tokyo pour rejoindre les « glaces de Pétersbourg ». Elle tente alors de se libérer d’un sentiment de vitrification en se jetant dans la Néva. Comme dans « Le Portrait ovale » d’Edgard Allan Poe où la représentation annule progressivement le modèle, Ada semble avoir fait l’expérience douloureuse de la néantisation subjective. Faut-il croire pour autant que le visage d’une morte amoureuse apparaissait déjà, en anamorphose, sur les nombreux clichés d’Alexandre ? De retour à Prague, cette « fleur abusée en abysse » est comme rivée à l’espoir d’un renouveau. C’est que, du « cadavre d’une femme amoureuse », une mère peut toujours naître…
Vienne le ciel est un étrange « précipité » dans lequel des corps hétérogènes s’agrègent de façon subtile. Pareille à l’objectif photographique d’Alexandre, la prose poétique de Jérôme Bonnetto multiplie les plans et les points de vue narratifs. Si l’histoire d’Alexandre et d’Ada évoque immanquablement l’idylle incestueuse d’Ada ou l’Ardeur, le roman de Nabokov, l’écriture baroque de Vienne le ciel épouse son érotique mortifère et stylisée, sa syntaxe du chaos. La langue syncopée et redondante des soliloques d’Alexandre et d’Ada illustre parfaitement leur déréliction sentimentale. Et Jérôme Bonnetto trouve les mots justes pour dire le vertige de l’amour.

Vienne le ciel
JérÔme Bonnetto
L’Amourier
95 pages, 12

Ada ou l’anamorphose Par Jérôme Goude
Le Matricule des Anges n°81 , mars 2007.
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