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Domaine français Marcel, tel qu’il est

mars 2007 | Le Matricule des Anges n°81 | par Lucie Clair

Complainte de l’absence et mélodie du temps retrouvé, le dernier hommage de Lina Lachgar à Proust est un pied de nez aux voyeurs et une belle leçon d’amour.

Vous, Marcel Proust : journal imaginaire de Céleste Albaret

Marcel Proust c’est son homme, son mec à elle, l’initiateur et l’innocent, le père et l’enfant, le protecteur et le protégé, l’amant inatteignable et le compagnon des nuits blanches, l’admiré et le faible il assouvit les désirs et en engendre d’autres. Elle, Lina Lachgar porte l’empreinte de la lecture de La Recherche comme l’épingle du premier amour. Depuis, elle l’a dans la peau. Depuis, hommages et tendres clins d’œil parsèment son œuvre de poète et d’essayiste.
Pour l’approcher une fois encore1, elle choisit l’intimité non pas l’un de ces amours qui passent ou des amitiés qui se froissent, mais l’identité de la femme-lige, la gardienne des nuits, la « courrière » personnage des romans, confidente et témoin, gouvernante, réceptionniste, « souffre-douleur » de l’écrivain alité Céleste Albaret, pour qui il est « ombre illimitée. » Lina Lachgar se glisse dans sa peau, ouvrageant un « journal imaginaire (où) en donnant une belle récréation à ma mémoire (…) je vais consigner ma vie alimentée par vous ». Une vie qui pourrait, en cours de lecture, sembler abordée par le petit bout de la lorgnette ce serait tellement à la mode. « Monsieur «  » en est », il a des préférences pour ses secrétaires (masculins), il est prodigue pour ses amants et la passion jalouse de cette femme à laquelle, d’une certaine façon, il appartient, se bat avec l’amour inconditionnel qu’elle lui voue « Monsieur » la choque, il lui échappe « notre vie à nous deux reposait sur un perpétuel mensonge » mais avec « une espèce de force faite de milliers d’heures d’enfer », CélesteLina reste la fidèle. Proust l’envoie à l’hôtel Marigny de la rue de l’Arcade, « maison de passe pour homosexuels » d’Albert Le Cuziat Céleste s’offusque, y va, et feint de ne pas savoir Lina farfouille et exhume les documents de police inédits consignés lors d’une bien vilaine dénonciation anonyme. Non, Lina Lachgar ne nous livre pas un reportage scabreux sur les mœurs de Proust quand bien même certains passages peuvent surprendre. Se saisissant de sa vulnérabilité et laissant les exégèses aux académiques elle s’offre et nous offre le chant d’amour surgi de l’abandon de soi au service d’un homme qui a « pu écrire comme ça toujours couché une œuvre à nulle autre pareille », abandon par l’autre, aussi, définitif, quand il disparaît, ouvrant la plaie de l’absence et de l’irritation : « Tout ce qui n’est pas vous m’énerve au dernier point. »
Sous la plume de Lina Lachgar, nourrie de poésie, Céleste est un personnage ambigu, aimante colérique et magnanime, rustre et sensible aux finesses de la scène mondaine. À s’imprégner de la vie de « Monsieur », Céleste a développé un « snobisme » triomphant, qui se rit des conventions, privilégie la volupté d’une « robe de soie noire » en loyauté au faste du 102, boulevard Haussmann, et corrige les journalistes imprécis qui méconnaissent la vie et le travail de Proust. D’une langue simple et robuste, aux tournures populaires, désuètes, le parlé de l’Auvergnate propulsée dans un « bain d’âmes » dévoile le raffinement de sa « collection de moments précieux ».
Dans le va-et-vient entre présent et passé un schéma et un souffle profondément proustiens le récit en oscillation constante incarne le déséquilibre de la perte, et restitue le fragile équilibre de la mémoire. Livre où les jeux de contraste dominent, où la lumière assourdie de la chambre de liège, les veilleuses obscurcies par les fumigations viennent en contrepoint de la force visionnaire de Proust : « Vos yeux, Monsieur, semblaient voir au-delà de ce que vous regardiez », où l’humilité délabrée, les remugles et raclements de l’hôtel d’Alsace-Lorraine tenu par les Albaret après son décès rehaussent les soieries et l’argenterie, les chuchotements et les concerts privés du 102. Entre les deux, les rêves Proust la visite en incube émouvant et perturbant, renverse ses préjugés, se dévoile, et qu’importe son « vice » ! espace de retrouvailles infiltré de tendresse, de douceur et de nerfs à vif par le désir d’être-avec, inextinguible unique espace narguant la disparition.

1 Sept rêves avec Marcel Proust, suivi de A cup of tea chez Céleste Albaret, La Différence, 1998

Vous, Marcel Proust
Lina Lachgar
La Différence
157 pages, 15

Marcel, tel qu’il est Par Lucie Clair
Le Matricule des Anges n°81 , mars 2007.
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