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mai 2007 | Le Matricule des Anges n°83 | par Jérôme Goude

À ciel ouvert, les deux premiers récits scatologiques et eschatologiques du Québécois Hervé Bouchard excisent les sombres tumeurs de romans familiaux ordinaires. Jouissif.

Parents et amis sont invités à y assister

Drame en quatre tableaux avec six récits au centre
Editions Quartanier

Mailloux

Histoires de Novembre et de Juin
Editions Quartanier

Allez, amis lecteurs, un imperceptible effort ! Feu missels avariés, ceintures d’« empêchement », doctes palabres et autres raideurs du cogito ! Cognons-nous à la « honte noire » en desserrant maxillaires et popotin ! Libérons minette, « zigouigoui », langue de mort-bois et hypocondres. Ouvrons nos écoutilles et célébrons sans façon les confessions scabreuses de Mailloux et le requiem infernal de Parents et amis sont invités à y assister.
Premier récital d’Hervé Bouchard paru à L’Effet pourpre en 2002 et réédité par Le Quartanier, innovante maison d’édition québécoise, Mailloux juxtapose les fragments légendés d’une histoire familiale sur les ruines de laquelle l’inaliénable cruauté, tant physique que psychique, a planté son drapeau vermillon. Au cœur de cette « marde » divine, Jacques Mailloux, pleutre né et « Sisyphe baveux », s’ébaudit et s’ébroue bon an mal an. Affublé d’une « mère monstre » se pâmant en d’insondables lectures onanistes, riche d’un père irascible qui cuve bibine « devant le baseball » et pisse accessoirement « dans l’évier de la cave », cet énième et indésirable avorton multiplie les échappées transgressives et accumule les actes d’incontinence. Apostrophant ironiquement le petit Rousseau, ce « frère de crainte dans l’heurque », ainsi que l’accorte engeance de la « poulaille castrée », Mailloux le Pissou nous conte, sans fausse pudeur, ces drames inavouables qui contreviennent au calme apparent des familles policées et exemplaires. Dans un « parler à rebours » comique et bas, tantôt il entonne le « Chant du dortoir et de la bite au chaud trop », tantôt il confesse incartade incestueuse, velléités homicides et attouchements illicites. En deçà du « grand coulement » de l’ego qui se pense pensant, la parole débridée de ce « caillou d’jacqué » libère les démons liés « au sexe et à la mort », quand bien même ce serait « pour rien »
Entrelacs de lamentos inextinguibles, messe de voix vagissantes et memento mori, Parents et amis sont invités à y assister est justement l’espace où s’articule un chant polyphonique et incantatoire qui surgit ex nihilo et se brise sur l’ineffable de la tragi-comédie de la mort. Drame composé de quatre tableaux et serti de « six récits au centre », ce texte inclassable et subversif met en scène la mort du père Beaumont, les imprécations éplorées de la veuve Manchée et l’étrange logorrhée de leurs six « veaux orphelinés ». Telle Pasiphaé s’introduisant dans une génisse de bois pour satisfaire sa passion, la mère Manchée enferme son deuil dans une « vieille robe en bois » et traîne son « angoisse à tous les étages d’hospitronc ». Une angoisse claustrale qui n’exclut pas la lucidité : « Si je parlais pas, probablement que je cicatriserais. Faut pas se fermer, peu importe la couleur de robe de l’humeur qu’on a, je pense ça et ça sort comme ça, ça me déguise, c’est mon fard de pitrée du châtiment, ô sans bras, viarge. » Privés du secours maternel, cernés par les délires morbides de leurs tantes « en rut », flanqués d’un prêtre pourvu d’une langue vipérine, les « chiens » de la veuve manchot se réfugient dans une cave, forment un « orphéon », chantent et vivent « en morts parmi les morts ».
Dans ce monde apocalyptique où « Dieu vit » et où la « marde est souveraine », où jouer consiste à « faire des pets, avant que la langue soit au point », tout advient : l’un des « enfantômes » Beaumont peut mourir, ressusciter tel Lazare, puis dialoguer avec ses frères. Soit parce que la vie est le théâtre de la « déconfiture de l’être », et le théâtre le « tombeau du rêve et de l’hiver ». Soit parce qu’il existe, quand bien même la vanité, un « petit triomphe sur le vide, la joie de dérober au chaos un rien encore »
Tintamarresque, eurythmique et dissonante, la langue inédite qu’invente Hervé Bouchard génère force rires et angoisse latente. Ses mille et une trouvailles, myriade d’onomatopées, contrepèteries, cascades énumératives, forgeries signifiantes et tours homophoniques, sa syntaxe disloquée, tout fait d’elle l’ultime metteur en scène de ce théâtre funambulesque où les mots sont les acteurs « crucifiés » : « J’ai des souvenirs de mains dans l’eau chaude, c’est pas normal ? J’ai des souvenirs de Maude dans le chemin, c’est qui celle-là ? » Cette langue inouïe, de joies et de douleurs mêlée, convoque bien sûr une flopée de non-dupes des semblants langagiers. Outre les citations en exergue citations de Mallarmé et de Beckett le lecteur pensera peut-être à Artaud, Valère Novarina ou Christian Prigent. Mais, que ce soit dans Mailloux ou dans Parents et amis sont invités à y assister, une voix s’impose, décapante et poétiquement singulière : « Quand t’as plantés dans les oreilles les ciseaux à paiement, tu sens un peu, dans le bruit blanc silence et l’écoulement chaud qui te descend le long du cou, tu sens un peu que la honte qui est c’est l’âme dans ton tourment qui s’échoue. » Ces deux coups de dé sont la preuve par quatre qu’ « être et être font six » et qu’à six, pari gagné ! Hervé Bouchard rafle la mise.

Jérôme Goude

Hervé Bouchard
Parents et amis sont invités à y assister
237 pages, 15
Mailloux
181 pages, 14
Le Quartanier
www.lequartanier.com

Messes basses Par Jérôme Goude
Le Matricule des Anges n°83 , mai 2007.
LMDA papier n°83
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