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Poésie Un monde sans fard

juin 2007 | Le Matricule des Anges n°84 | par Marta Krol

C’est bien ainsi que les hommes vivent, et s’empêchent de vivre : découvrons l’univers poétique chaotique et pacifié de Helga M. Novak.

C’est là que je suis

Il faut un moral d’acier pour entendre cette voix cinglante qui sans complaisance examine la chose humaine dans ses marges et pliures, en s’empêchant parfois de respirer son air nauséeux. Certes, les éléments biographiques ne favorisent point une approche enchantée. « Aucune mère ne me nourrit jamais » écrit l’auteur née en 1935, « sans père depuis toujours ». Chassée de sa patrie, elle y est obstinément attachée : « je suis est-allemande et je traîne / derrière moi un boulet d’espoir ». Aussi la grande déchirure de l’exil apparaît-elle quelquefois au travers des aveux pleins de retenue, tels cette évocation du saule devant la maison natale (« je suis fidèle aux arbres comme un chien »), ou celle du départ de chez soi (pour l’Islande) occasionnant l’abandon des plantes du jardin dont les noms sont magnifiquement égrenés dans un chapelet botanique.
Condamnée à sa liberté, elle en use pour calmement et sans hausser le ton dénoncer la violence, la cruauté, la bestialité instinctive d’une humanité empêtrée dans des rapports de force. Car Helga Novak a une conscience aiguë de la dissymétrie indépassable entre individus, d’un côté les détenteurs du pouvoir : un général, un politique, les soldats, l’homme au knut, les policiers, Franco, l’institutrice à la règle… ; de l’autre, les miséreux de la terre, dont l’impuissance est souvent radicalisée par une invalidité  : le fou, le malotru, l’hébété aveugle, le bête livreur de charbon à Berlin-Ouest, ou encore les déportées ramasseuses de tourbe « leurs têtes chauves rasées/ vacillent dans le crépuscule ». Leur souffrance remplit la poétesse d’une compassion universelle quasi bouddhique, qui va autant aux femmes girafes pour qui il est « impossible même de relever la tête/ impossible de crier/ impossible de manger » qu’à « la dame ivre du parc dans le matin/ (… )/ elle me ressemble tant ».
Comme dans un conte ou un chant populaire, un élément du paysage ou un autre détail, parfois sans lien apparent avec le propos mais soigneusement choisi pour son caractère ingrat ou absurde, contribuent souvent, sous forme d’une ritournelle, à l’impression de l’hostilité indépassable du monde vu par la poétesse : « les grillons grésillent ». C’est que l’esthétique de cette poésie dans sa première et majeure partie est celle de la laideur banale, de la dissonance et de l’insanité. Le ton explore les registres sombres : « c’est là que je veux aller/ où c’est sinistre/ c’est là que je veux aller/ où il n’y a rien ». L’univers de référence est urbain, impur, chaotique et délabré. Il est propre à l’époque de la construction socialiste, à laquelle l’auteur adhérait avec fierté sans s’illusionner sur ses effets : « nous ne sommes pas loin s’en faut/ parvenus au zénith de l’humanité ». Elle ne s’en repent pas ; mais une heureuse évolution s’opère au fil des ans, l’atmosphère des poèmes s’éclaircissant en fin du recueil. Tandis que le langage s’allège et s’apaise, une nouvelle poétique se met en place nourrie de la terre, de la vitalité biologique et minérale, de l’épaisseur de l’histoire planétaire : « je me suis agenouillée dans le miocène/ étalant relevés topographiques ». La tremblante trajectoire de vie de l’auteur trouve en effet à se pacifier, dans un village perdu du nord-est de la Pologne qui devient le pays élu d’une guérison, d’une renaissance spirituelle : « ici je dis non à la déchéance/ et je tends mes lèvres à la pluie ». L’écriture se nourrit de noms d’espèces naturelles et de termes de géologie, et les moments d’émotion sincère sont désormais ancrés dans la nature, comme dans ce saisissant « Chagrin du cygne ». Une nouvelle solidité, loin de la folie humaine, s’installe pour aborder paisiblement la fin d’une vie, qu’on devine assez solitaire. Est-ce pour cela que vient la visiter « mélancolie clémente consolatrice » ?

C’est là
que je suis

Helga M. Novak
Traduit
de l’allemand
par Jean-François Nominé
Poésie Buchet Chastel
143 pages, 10

Un monde sans fard Par Marta Krol
Le Matricule des Anges n°84 , juin 2007.
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