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Histoire littéraire La vérité qui fâche

juillet 2007 | Le Matricule des Anges n°85 | par Thierry Cecille

Porte-parole d’une France véritablement profonde, mal pensant mais bien vivant, Paul-Louis Courier, avec verve et lucidité, s’attaque à tous les pouvoirs.

En ces temps de désolation, où semble se taire et se terrer la France rebelle, nous avons besoin de liqueur forte ou de coup de fouet : ces pamphlets, pages au vitriol ou à la dynamite, nous ragaillardiront pendant le repos estival ! Qui est Courier (1772-1825) ? D’abord officier de 1792 à 1809 ( « beaucoup de servitudes et aucune grandeur » écrit Crouzet en écho ironique à Vigny), il se fera ensuite érudit, helléniste traduisant Longus ou Hérodote, en même temps que propriétaire, « vigneron » en Touraine. Si ses premiers textes pamphlétaires prennent pour cibles ses confrères en « belles lettres » ou les autorités administratives et judiciaires provinciales avec qui il eut maille à partir, très vite la portée de ses attaques devient plus large, en même temps que s’affirme sa célébrité et sa dangerosité. C’est qu’après Napoléon, autocrate bâillonnant la France, on avait espéré en Louis XVIII mais las ! la Restauration, comme son nom l’indique, rétablit peu à peu les anciens pouvoirs et privilèges, les imposant à une France alors impuissante, épuisée par les années de révolution et de guerres meurtrières. Simplement (et ce ne sera pas le seul point de comparaison possible avec la situation qui est la nôtre…) l’oppression s’est faite plus discrète, les apparences sont sauves, on semble conserver des acquis (dirait-on aujourd’hui) révolutionnaires : Louis XVIII octroie une « charte » constitutionnelle, on ne remet pas en question la vente des biens du clergé, une opposition « libérale » a, au moins dans un premier temps, droit à la parole, à l’Assemblée et dans la presse. Mais Courier c’est là son génie sait prévoir et dénoncer les atteintes à la liberté, la perverse hypocrisie de ce régime, à partir d’événements à première vue anecdotiques, de causes locales anodines : un maire zélé fait emprisonner des citoyens qui ont comme unique tort d’être réputés « mauvais sujets », le gouvernement lance une souscription prétendument « volontaire » pour offrir Chambord, alors en ruines, à l’héritier de la couronne, un curé fanatique interdit que l’on danse le dimanche sur la place du village… Courier vise juste, tire à bout portant, et touche ses victimes, qui tenteront de le faire taire sans succès : il fera de ses procès nombreux et de son emprisonnement bref les sujets de pamphlets plus violents encore. C’est qu’il use de deux armes imparables, qu’il perfectionne tout au long de ces années : la langue, riche et précise à la fois, celle de Rabelais, de Molière et de Voltaire (les notes passionnantes de Crouzet élucident cette intertextualité et également les liens avec les combats du romantisme, avec l’œuvre de Stendhal en particulier) et toutes les facettes du comique, de la farce à l’ironie la plus travaillée, de l’humour au grotesque. Le plaisir du texte est constant, les trouvailles stylistiques souvent époustouflantes il faudrait tout citer !
Plutôt que d’inutilement se lamenter (et d’ainsi acquiescer à ce qui nous opprime), il est salubre et salvateur de rire de cette France dans laquelle « les vrais séditieux sont ceux qui en trouvent partout », où « l’essaim dévorant » des courtisans, ministres et ministrables, s’empresse d’ « aspirer à descendre », où règne « cet art de se faire petit, de s’anéantir, seul moyen d’être quelque chose » ! Se présentant comme la voix d’en bas contre les puissances d’en haut, le « bonhomme Paul » invente une sorte d’écriture immédiate de la révolte permanente, dénonçant « ceux qui font marcher les gendarmes », les magistrats « expéditifs », une sorte d’État pénal avant l’heure : « Nous étions la gent corvéable, taillable et tuable à volonté ; nous ne sommes plus qu’incarcérables. » Écoutons-le encore : « Donner au riche, aider le fort, c’est la maxime du bon temps, de ce bon temps qui va revenir tout à l’heure, sans aucun doute. »

Une écriture
du défi

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les pamphlets

Paul-Louis
Courier
Édition établie
par Michel Crouzet
Éditions Kimé
474 pages, 35

La vérité qui fâche Par Thierry Cecille
Le Matricule des Anges n°85 , juillet 2007.
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