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Domaine étranger Fantaisie moscovite

octobre 2007 | Le Matricule des Anges n°87 | par Thierry Guinhut

Les héros du stalinisme bafoués par l’ironie d’un roman endiablé et déluré : Vassili Axionov prend ses aises avec l’Histoire.

Les Hauts de Moscou

Nous sommes dans une utopie : celle rayonnante de l’Union soviétique. Mais on doute fort que les écrivains choyés par le stalinisme aient pu à leur époque écrire un tel roman… En effet, très vite, on perçoit sous le vernis enjoué du dithyrambe permanent, une ironie d’abord discrète, et cependant efficace au point d’être finalement dévastatrice.
En son palais habite l’homme soviétique, parmi les sept gratte-ciel qui préfigurent l’avenir urbanistique de l’humanité. Ici, l’avenir est déjà là : tout Moscou paraît vivre dans ce luxe socialiste. Cependant, seule une élite bien gardée profite de ce bonheur annoncé par Marx, fondé par Lénine et enfin réalisé par Staline. Ce dernier étant un personnage d’Axionov qui, en 2005, écrit bien après la chute du régime.
Glika est la fille d’un grand scientifique : vierge, elle rêve de « couvents socialistes ». Lorsque Kirill, leur nouveau voisin, gloire militaire et incarnation « de l’épopée du poète communiste », est invité. Il la voit aussitôt, faute de pouvoir « l’appeler Muse des Arts déco », en authentique « ange du socialisme ». Sur ordre de Staline lui-même, il vient de quitter sa maîtresse « Espérance ». Il peut donc s’enivrer de l’idolâtrie que lui voue la jeune fille, pourtant « frigide ». Une nouvelle mythologie s’élève, pétrie de héros et d’allusions à la Grèce ancienne, pour une « république néoplatonicienne » où l’alcool coule à torrents.
Mais avec l’apparition du jeune narrateur, la perspective change peu à peu. Dans ce milieu secrètement branché jazz des fils et des filles des dirigeants, la blonde Glika tente de se faire séduire par le maladroit Donderon qui ne peut que « s’abandonner honteusement à l’éjaculation » devant la porte… Quand le narrateur, lui aussi amoureux, doit lui révéler que son père est au goulag, - ce pourquoi on l’appelle Untelovski en une sorte d’anonymat - elle s’exclame : « ça n’existe pas ces choses-là ! » Le vernis utopique se craquelle peu à peu. Apparaissent les ténors du pouvoir, de Béria à Staline, qui, vivant sa dernière année, invente le complot des médecins juifs, celui des Titistes, qu’il imagine partout menaçant. Autour de la belle égérie qui revient des Jeux Olympiques d’Helsinki en « sex-symbol » et avec une médaille de bronze, une sorte de ménage à trois s’installe : elle offre sa virginité à Georges, un amiral chauve, avant d’utiliser les services de son poète jaloux qui, pourtant, reçoit des appels téléphoniques nocturnes du maître du Kremlin. Hélas, « son culte du camarade Staline commence à faiblir à mesure que s’accroît son expérience érotique ».
Le roman devient de plus en plus délirant : la mère de Glika, Ariadna, aurait mené à bien l’enlèvement d’Hitler, Staline envisage d’envahir la Yougoslavie et d’abattre le traître Tito, puis présente sa démission, refusée bien sûr, on fait construire une mystérieuse et luxueuse Tour truffée de systèmes de transmission par des « zeks » venus du goulag qui sont les « planqués de la grimpette »… Le grotesque le plus achevé emporte l’action, en passant par l’attaque titiste de la Tour, jusqu’à la menace d’un Armageddon atomique. Malgré l’exigence de Staline assiégé, Adriana ne veut pas donner sa fille Glika « ni à notre Histoire merdique, ni au rêve d’une nouvelle Byzance dont se berce Tito ». L’héroïne se sacrifiera-t-elle ?
La vérité historique est définitivement balayée. La paranoïa stalinienne en devient plus vraie que nature, l’utopie communiste est moquée, évacuée par le rire, jetée « parmi les fosses à ordure du socialisme ». À sa manière irrévérencieuse et burlesque, cet apologue romanesque n’est pas loin d’être aussi efficace que les plus grands titres de l’anti-utopie, d’Huxley à Orwell. Peut-être s’agit-il du plus savoureux roman d’Axionov, l’auteur d’Une saga moscovite, polygraphe infatigable aux dix-huit livres traduits, aux formats parfois monstrueux, ici, plus mesuré, entre lyrisme et clownerie…

Les Hauts
de Moscou

Vassili Axionov
Traduit du russe
par Lily Denis
Actes Sud
320 pages, 22,50

Fantaisie moscovite Par Thierry Guinhut
Le Matricule des Anges n°87 , octobre 2007.
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