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Domaine français L’école des fanges

novembre 2007 | Le Matricule des Anges n°88 | par Jean Laurenti

Jean-Yves Cendrey extrait des décombres d’une vie ravagée la matière d’un portrait poignant, celui d’un être abandonné à son bourreau.

Le tombeau est traditionnellement une œuvre composée en l’honneur d’un disparu illustre. Jean Yves Cendrey, en apposant ce terme sous un titre affublé d’une transgression orthographique éloquente, informe d’emblée le lecteur du sens de son entreprise. Il s’attachera, dans l’espace de ce livre bref, à faire exister un peu un être inconnu, frappé dans son jeune âge par la violence qui lui fut infligée au sein de l’école ; un être finalement détruit par une réplique de ce séisme, emporté par lui. Le tombeau dont il est question a pour vocation d’empêcher que le silence qui s’abat sur la victime quand on la met en terre étouffe définitivement la plainte que nul n’a pu ou voulu entendre du temps de sa vie massacrée. Ce tombeau est donc aussi un livre de colère : « La vocation de ces pages est de contredire les autorités en révélant que vous n’avez pas été victime de vous-même, mais tout à la fois d’un homme, des protections dont il continue de jouir, et de l’indifférence. » Dans un livre récent - Les Jouets vivants, paru en 2005 -, l’auteur donnait forme à cette colère et énonçait son double objet : les crimes commis sur des enfants par ceux-là mêmes qui étaient censés les aider à grandir ; le refus de l’institution scolaire et de tous les protagonistes directement concernés d’admettre les faits et de désigner les coupables, pour une série de raisons dont Jean-Yves Cendrey s’employait alors à démêler l’écheveau.
Corps ensaignant, s’il fait écho à l’offensive menée dans Les Jouets vivants, a une tonalité fort différente. Il est né d’une lettre envoyée à l’auteur par la mère d’une jeune fille qui s’est donné la mort, des années après être passée entre les mains d’un instituteur trouvant parmi les enfants de sa classe matière à satisfaire de troubles appétits. On fait connaissance avec la jeune morte - agent de police, elle s’est suicidée avec son arme de service - à travers le procès-verbal qui inventorie ses affaires personnelles, l’expertise balistique et l’examen médico-légal. L’auteur détourne l’austère rhétorique policière et son souci du factuel (corps, plaie, arme, munitions, objets, témoignages de collègues) pour qu’une vie surgisse de ce peu. Céline, qui dans la réalité ne s’appelait pas ainsi, oubliait quelquefois « sur une chaise (son) arme chargée » ; elle avait des livres dans son placard mais on ne saura pas lesquels. Au long des chapitres où s’exprimeront notamment la mère et le père de Céline, l’homme qu’elle a aimé, un inspecteur de l’Éducation nationale et le maître épris de chair fraîche, on en saura un peu plus sur elle, sur son drame, sur sa vie. La mère, évoquant son chemin de douleur, bien avant le drame qu’a vécu son enfant : « Je ne me sens pas à la hauteur de ma chance. Je reste incompréhensible. Je suis parfois si sourde que je m’entends réfléchir à Dieu en lavant par terre. J’inquiète autour de moi. » Et là-dessus « arrive l’année, arrive le jour, arrive l’heure où Céline me choisit pour faire sa question. Elle me demande si je me souviens de sa classe de neige. J’entends à peine sa question. » C’est là, au cours de ce séjour annuel, que Monsieur Berthe accomplit ses exploits les plus notables. Céline, comme bien d’autres, y est à la merci du prédateur. Désormais « elle est triste que l’école soit obligatoire, elle veut vieillir très vite pour que ça finisse. »
Les paroles des acteurs de l’institution en font apparaître la lâcheté et la perversion : avec le temps, chacun devient un rouage important du système, un maillon dont l’expulsion entraînerait la déroute de tous ceux qui se trouvent à proximité : « Les suspects vieillissent tranquillement tandis que les victimes se suppriment avec violence. Les témoins hésitants hésitent de plus en plus à témoigner, conscients que leur hésitation a trop duré pour qu’on la leur pardonne. »

Corps
ensaignant

Jean-Yves
Cendrey
Préface
de Jean-Marie
Laclavetine
Gallimard
120 p., 11,50

L’école des fanges Par Jean Laurenti
Le Matricule des Anges n°88 , novembre 2007.
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