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Domaine étranger Autoportrait ridé

novembre 2007 | Le Matricule des Anges n°88 | par Sophie Deltin

Dans un court récit, le poète et essayiste allemand H.M. Enzensberger use de la figure d’une vieille dame comme d’une marionnette à thèses. Ennuyeux.

Joséphine et moi

Tout commence par un vol de sac à main raté. Joséphine K., la vieille dame offensée, invite alors son sauveur, Joachim, à venir prendre le thé chez elle en guise de remerciements. Cela deviendra un rituel, chaque mardi après-midi à cinq heures précises. Qu’y a-t-il de commun entre ce jeune chercheur en sciences économiques et cette vieille dame excentrique, une ancienne cantatrice lyrique désormais retranchée dans sa villa, qui collectionne les chaussures et passe sa vie à palabrer sur tout en fumant des gauloises ? À peu près rien semble-t-il, si ce n’est le goût de la « dispute » - et plus encore, du bavardage. Joséphine a certes l’esprit sagace - ce qui ne l’empêche pas de se contredire - et ne connaît aucune censure. Chez elle, point de téléphone, ni de journaux mais des livres, qu’elle dévore et cite à tout bout de champ. Ainsi défend-elle les vertus de l’argent, l’art de la paresse ou de l’oubli ; méprise l’État (« ce sinistre parasite »), la Réunification allemande (nous sommes à l’automne 1990), les Français, quand ce n’est pas l’art contemporain ou le sport. Volontiers réactionnaire, elle se moque allégrement de la démocratie, de l’idéal de justice, des politiciens (Kohl « l’incontournable ») autant que des mathématiciens. Le franc-parler de cette « sirène » d’une autre époque a tôt fait d’intriguer, voire de charmer le jeune homme : « J’ai toujours aimé interroger les personnes âgées, avoue-t-il. La plupart aiment raconter ce que le cours du monde leur a fait subir. Cela peut paraître absurde, mais j’ai presque envié cette génération. » Reste que l’on a du mal à comprendre son obstination (sa compulsion ?) à ne manquer aucun de ces rendez-vous hebdomadaires, dans la mesure où il avoue lui-même être aussi exaspéré par les sentences définitives ou les maximes pompeuses que Joséphine débite devant lui.
Contrairement à ce que Hans Magnus Enzensberger aimerait nous faire croire, nulle réelle provocation dans ces conversations de salon, mais bien plus souvent des « clichés », des « platitudes » pour lesquels le lecteur a vraiment du mal à se passionner. À aucun moment le débat ne réussit à décoller, et les tirades restent souvent artificielles. Aussi ne suffisait-il pas, pour réussir son propre récit, de jouer sur l’allusion à la nouvelle de Kafka « Joséphine la cantatrice ou le peuple des souris » : dans cette parabole inquiétante, la souris et cantatrice Joséphine est portée aux nues par le peuple de souris, alors qu’elle ne fait en réalité que « siffler » comme toutes les autres souris, et peut-être même moins bien. Mais à la différence de tous, elle maîtrise l’art de « prendre la pose » et parvient à faire passer son sifflement pour de l’art. Un sens de l’opportunisme que Joséphine, « cette plastronneuse » invétérée, revendique sans complexe, puisqu’il lui permit en plein cœur du nazisme tout autant de connaître ses heures de gloire que de sauver de la mort Frieda, une Juive polonaise devenue depuis lors sa bonne à tout faire. « Heureusement, dit-elle en référence à ce passé sombre, que la plupart des Allemands étaient des opportunistes. Tant que ça se passait plus ou moins bien pour eux, ils ont participé à tout, même aux choses les plus terribles. Mais la racine ne sait pas ce que pense la feuille, et lorsqu’ils se sont retrouvés assis sur un tas de ruines, ils se sont laissé convertir avec une rapidité déconcertante. » Et de conclure tout aussi naturellement : « …j’ai toujours pris le train en marche. Cela avait l’avantage de me laisser la possibilité de sauter du train à chaque fois que je n’aimais pas la direction qu’il prenait. » - des propos tout droit inspirés des vers du poète, énoncés comme une devise dans son recueil de 1957, republié aujourd’hui : « songe à tout cela./ puis tire sur le frein/ et saute » (Défense des loups, Poésie/Gallimard).
Sans doute n’était-il besoin à l’essayiste, encore moins au poète, d’emprunter les atours d’une vieille dame pour nous faire réentendre ses propres thèses.

Joséphine
et moi

Hans Magnus
Enzensberger
Traduit
de l’allemand
par Daniel Mirsky
Gallimard
146 p., 15,50

Autoportrait ridé Par Sophie Deltin
Le Matricule des Anges n°88 , novembre 2007.
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