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Intemporels Pébroque sacré Graal

novembre 2007 | Le Matricule des Anges n°88 | par Didier Garcia

En partant d’un événement anodin, Mikszáth parvient à tisser une incroyable odyssée. Au final : un roman franchement loufoque.

Le Parapluie de Saint-Pierre

Le Parapluie de Saint-Pierre

C’est dans la Hongrie du XIXe siècle que Kálmán Mikszáth (1847-1910) propulse son lecteur, et plus précisément à Haláp, présenté comme un « noble village » (ce que personne n’ira vérifier). Quand ce roman étire ses premières phrases, la femme du chantre vient de mourir (par « chantre », il faut entendre maître d’école). En disparaissant, elle laisse Veronka, sa fille âgée de 2 ans, aux bonnes volontés du village. La fillette est aussitôt recueillie par son frère, l’abbé János, curé de Glogova, « un sale trou », s’il faut en croire un bouvier (mais difficile de savoir qui croire dans ce livre : Mikszáth joue avec son lecteur, et les personnages, malmenés par une vie austère, s’alcoolisent à tour de bras). Quoi qu’il en soit, Glogova est un village dont la santé dépend de la qualité des patates : « Des patates chétives et rabougries : beaucoup de morts. Par temps de bonnes patates, il y a peu de mortalité. On n’est pas assez fou pour mourir en pareille saison » (être Glogovain n’empêche pas d’avoir du bon sens : « On ne demande pas un baiser à une laideronne ni de l’argent à un pauvre : ils s’en vantent aussitôt »).
Très rapidement, cette charge familiale inattendue confronte János à un problème de taille : comment subvenir aux besoins d’une enfant quand on est sans le sou ? Ne reste guère qu’à prier et supplier Jésus d’intervenir au plus vite. Or voici qu’un parapluie rouge tombe providentiellement du ciel pour protéger la fillette de l’orage qui vient d’éclater - du ciel, ce n’est pas certain, mais on admettra que les circonstances sont troublantes. Il n’en faut pas davantage pour faire sensation : en quelques jours, le parapluie devient une véritable mascotte. Plus un enterrement qui ne se fasse sans sa protection quasi religieuse. Sa légende naît le jour où un défunt revient brusquement à la vie au cours de sa sépulture. Le parapluie s’en retrouve aussitôt promu au rang de relique sacrée. Quelques années plus tard, on trouvera même à Glogova un restaurant baptisé Au parapluie sacré
Après cette première partie, qui cultive joyeusement le non-sens, le roman se réoriente totalement, pour se focaliser sur un certain Pál Gregorics, espion de son état (face aux armées russes et autrichiennes), mais qui a surtout marqué les esprits en tant que « petit homme au parapluie rouge ». Pendant plusieurs pages, le lecteur perd ainsi de vue le destin incertain de la jeune Veronka pour suivre celui tout tracé de l’espion, qui s’empresse de quitter ce monde et de léguer à son fils une fortune colossale sous la forme d’un mandat (mais ironie du sort, il s’agit d’une fortune cachée, puisque l’héritier ignore où se trouve le mandat).
Alors que l’espion est enterré depuis longtemps, le fils se met un jour en tête de découvrir la cachette, un peu comme l’Harpagon de Molière recherche sa cassette : avec l’énergie du désespoir. Heureusement, dans les romans, le hasard n’hésite jamais bien longtemps à venir mettre son grain de sel dans les rouages de l’intrigue : l’héritier ne tarde guère à découvrir que son héritage a probablement été dissimulé dans le manche du parapluie (là où feu son père tenait naguère cachés des documents compromettants). Seulement voilà : qu’est-il advenu du parapluie ? Il a tout simplement été vendu à un Juif, lequel a profité de ces années pour s’éteindre à son tour (ce sera une constante du roman : à mesure qu’il se rapprochera du parapluie, une nouvelle épreuve l’en éloignera). Commence alors pour le jeune homme une véritable odyssée, qui vit ses balbutiements à Báboszék, village où la veuve du Juif tient encore boutique. Une odyssée qui occuperait cinq cents pages à elle seule si le jeune homme, bien nourri par sa profession d’avocat, ne s’empressait de l’abréger en glissant entre les mains de ses interlocuteurs successifs quelques billets manifestement bienvenus. Ce sera encore le hasard romanesque qui lui fera rencontrer Veronka, devenue entre-temps une belle jeune femme, ainsi que l’héritière présumée du parapluie. L’avocat n’aura pas besoin des conseils d’une nuit pour entrevoir la solution idéale : épouser l’orpheline, et récupérer son mandat. Il finira bel et bien par la prendre pour femme, apercevra chaque jour un peu plus sa fortune, mais sans doute vaut-il mieux ne pas trop en dire et laisser au lecteur quelques pages de suspense…
Puisqu’il est difficile d’évoquer un écrivain sans le comparer à d’autres, on avancera que Mikszáth rappelle surtout Laurence Sterne, non pas pour son art de la digression, mais pour la fraîcheur de sa langue, son humour grinçant, et sa capacité à passer d’une anecdote à l’autre. Le Parapluie de saint Pierre est un roman comme il s’en fait peu, loufoque de bout en bout (on comprend que la Hongrie ait fait de son auteur un écrivain quasi officiel). Un roman jubilatoire et désinvolte. Tellement désinvolte que l’on en oublie qu’il revient du XIXe siècle, et d’une période qui produisait en France l’école décadente ; tellement désinvolte que l’on a parfois davantage l’impression d’écouter l’auteur que de le lire. Une voix que l’on aimerait pouvoir retrouver.

Le Parapluie
de saint Pierre

KÁlmÁn MikszÁth
Traduit du hongrois
par Agnès Járfás
et Suzanne Canard
Viviane Hamy
256 pages, 9

Pébroque sacré Graal Par Didier Garcia
Le Matricule des Anges n°88 , novembre 2007.
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