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Poésie Écrits à ras du ciel

février 2008 | Le Matricule des Anges n°90 | par Thierry Guichard

L’attention que Pascal Commère porte à la terre, au plus bas de la vie, définit une nature humaine lavée de ses prétentions. L’homme rendu à lui-même.

Il faut prendre le temps. Savoir s’arrêter à notre époque d’agitations et de vitesse, de grands vides échafaudés à coups de zappings précipités, et regarder devant soi, à ses pieds, pourquoi pas ? Donner son attention à une vie minuscule mais plus riche dès qu’on s’en laisse pénétrer. Changer d’angle. C’est ce qu’a fait Pascal Commère dans les poèmes anciens de Graminées, retrouvés, comme il l’explique, plus de quinze ans après leur composition et rassemblés pour la première fois. Graminées est un livre de poèmes, des onzains pour la plupart, entièrement consacrés à l’herbe, aux herbes « messagères d’un temps pris sur le temps, lequel pouvait bien s’arrêter. » Dans le texte qui clôt ce beau livre (saluons le travail de l’éditeur), Pascal Commère donne à l’origine des poèmes une dimension presque métaphysique : « C’est comme si la voix des herbes s’était à mon insu substituée à la mienne, ou plutôt comme si le monde se muait en une vaste prairie, au cœur de laquelle s’instaurait, répondant à un mouvement infime mais permanent, une conversation qui, prenant les herbes comme sujet, cherchait à même la terre, en leur être propre, la réponse à une question dont les termes m’échappaient. »
De fait, dans l’attention méticuleuse et curieuse portée aux herbes (« être avec vous/ sans avoir peur, honte ») quelque chose sourd de notre condition. C’est comme si le poète renversait les échelles de valeurs, confiant au monde d’en-bas le pouvoir de donner du sens à nos existences. Le chemin de l’écriture qui lie l’herbe aux hommes passe parfois par l’enchantement de l’enfance : « Pourtant la prairie c’est aussi comme un livre / et ses images sont pareilles / quand l’air bouge un peu au-dessus quelque chose sourit. » Le « Pourtant » qui ouvre le poème, indique cependant que la béatitude n’est pas la règle. Et l’on remarque dans ce livre une prégnance de la mort, évoquée ici lors d’une procession funéraire où « les veuves noires implorent au travers des larmes/ tel saint, compagnon ordinaire dont la présence/ se ferme - deux mains à jamais froides ». Ailleurs, c’est une « poupée/ dont saigne la lèvre », « renversée parmi les orges, déchirée » que le poète transforme en sœur des coquelicots. L’écoute du monde minuscule « sous le ciel qui se referme » s’apparente alors à une sorte d’abandon panthéiste et intranquille qui replace l’homme à sa vraie place. Il est comme les herbes « mal venues » auxquelles le ciel « accorde / un soupçon de bleu ». Il est aussi, peut-être, au plus près de son origine même, au cœur d’une terre qui ne parle pas le même langage que lui.
« Le ciel n’est pas pour eux » écrivait Commère à propos des Commis dans le recueil paru initialement chez Folle Avoine en 1982. Ce sont des proses d’un matérialisme rude que republient les éditions du Temps qu’il fait. Blocs noir et sang, pour dire la proximité de ces hommes-là avec les bêtes, au plus bas de l’échelle sociale ; blocs portés par une sorte de colère compassionnelle et fraternelle. On reste comme ébloui par les images qui jaillissent d’un surréalisme crépusculaire : « Les jardins sèchent derrière le linge. (…) Un manchot de passage cherche sa main sous l’arbre » ou plus loin : « Leurs yeux sont de la cendre. Les taureaux s’y agenouillent croyant boire. » De cette prose resserrée, Commère fait une matière, comme un peintre de sa gouache. Quelque chose d’épais et opaque, comme une couleur, une attitude, pour dire mieux qu’avec des mots les hommes dont il parle. Et leur rendre, sans fard, leur dignité.

Pascal CommÈre
Graminées
55 pages, 12
Les Commis
61 pages, 12
Le Temps qu’il fait

Écrits à ras du ciel Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°90 , février 2008.
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