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Poésie Des os dans les mots

février 2008 | Le Matricule des Anges n°90 | par Emmanuel Laugier

Le recueil de l’Américain William S. Mervin s’apparente à un long poème récitatif dont la nonchalance paisible trouble l’oreille.

Écrits au gré d’un accompagnement inachevé (bilingue anglais)

La période de renouvellement de Mervin, nous dit son traducteur, correspond aux années 70, celles, justement, durant lesquelles l’auteur, voyageant au sud du Mexique, redécouvre le sens profond des « Amériques », et par là, peut-être, une sorte de présence des espaces, de la terre, et de ce qui peut passer d’un mot à un os rencontré dans ses pas en plein désert… et d’un os poreux à un poème. Cette période conduit Mervin (né en 1927 à New York d’un père presbytérien pour qui, « enfant, il écrivit des hymnes liturgiques ») à se débarrasser des dernières traces de classicisme dont ses premiers livres témoignaient. Sa poésie, à mesure qu’elle devient plus autobiographique, inclut alors en elle une forme de narration tout à fait originale, et assez lointaine, de celle de Gary Snyder, l’un des auteurs de la génération Beat à laquelle ils appartiennent l’un et l’autre et dont on le rapproche. C’est donc avec Écrits au gré…, par lequel il abandonne tout signe de ponctuation et toute forme fixe, qu’il ouvre ses poèmes à une forme d’oralité (vraiment pensée en fait) dont la rugosité donne aux paysages, aux événements, aux rêves, etc. une présence physique étrange. Comme si sonnaient à l’intérieur des mots du poème des pierres, claquaient en eux un bout de cuir, un sabot lointain de cheval, s’élevait dans leur torsion un cri de hyène. Cette entrée d’une oralité douce, chuchotée à l’intérieur de la langue, Mervin parvient à l’inventer par le recours à un « vers libre informe » : ce qualificatif n’est d’ailleurs pas tout à fait juste, tant les poèmes de Mervin sont au contraire très contenus dans leur vocalité propre, perceptible d’emblée : « Le silence d’un endroit où jadis il y avait des chevaux/ est une montagne// et j’ai vu à la lueur de l’éclair que chaque montagne/ jadis est tombée du ciel/ en tintant/ comme le son d’un fer à cheval// haut sur le versant nuageux » (« Chevaux ») ou encore dans « La lanterne », à la syntaxe finale bégayante, ce « Un peu plus loin devant/ chacun est seul// quand on s’en aperçoit on y est déjà/ d’une certaine façon/ car dans ce monde rien ne peut se casser/ donc personne ne croit au pluriel là-bas/ qui est la première abstraction et la dernière/ qui est le et qui est le entre qui est le parmi// donc personne ne croit en nous là-bas ».
C’est toute la force de Mervin que d’atteindre là, par des effets discrets, cette efficace du vers « hazy » (flou). Il faut discerner dans ce mot le rejet de l’artifice, et la place toute donnée à une perception fine dont l’ouverture formelle du poème deviendra le pouls des allers-retours entre intériorité de la sensation et extériorité intouchée du monde. Si on peut rapprocher cette poétique, qui ira vers une critique du monde de la technique et de l’envahissement touristique, des traditions zen, c’est d’abord par le battement de ce passage entre monde psychique et espace infini du cœur de l’univers. La surface des choses et des êtres convoqués (animaux, monde sensible, perceptions, etc.), telle qu’elle se donne à la vue, ne s’éteint alors pas d’une concurrence de la profondeur remontée et revécue dans la tourne du poème. La « Maladie de l’équinoxe » love, par exemple, le narrateur d’une simple lumière d’automne et, loin de toute parabole, lui donne une des raisons d’habiter autrement la terre que celle d’une exploitation sauvage : « Septembre jaunit/ quelques-uns des lauriers sauvages/ des fossés humides et salicaire/ comme quand je suis né/ et les jours d’avant// assis avec l’espoir de guérir sous le soleil qui baisse/ je suis parcouru par les ombres des feuilles/ passant sur mon visage ma poitrine/ vers l’est// à chacune d’elles/ à son tour je dis Emporte-/ le// emporte forme et feuille/ la petite ombre/ l’obscur d’une feuille/ là où tu vas ». Ce par quoi, nous aussi, nous serons marqués, et emportés comme dans le véhicule sensible d’une autre existence.

Écrits au gré d’un
accompagnement
inachevé

William S. Mervin
édition bilingue
Traduit de l’américain
par C. Wall-Romana
Cheyne éditeur
200 pages, 22

Des os dans les mots Par Emmanuel Laugier
Le Matricule des Anges n°90 , février 2008.
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