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Essais Dompter l’esprit

mars 2008 | Le Matricule des Anges n°91 | par Lucie Clair

La voie du sabre comme apprentissage de l’homme et forme de vie, sous le regard aigu d’un praticien des arts martiaux revisitant les mythes d’un des plus grands guerriers japonais.

Miyamoto Musashi : Maître de sabre japonais du 17e siécle

La vie de Miyamoto Musashi (1584 ?-1645) fait l’objet depuis sa mort de récits, légendes, commentaires, romans, dont le célèbre cycle de Eiji Yoshikawa, et films, qui ne cessent de refléter et nourrir le mythe du samouraï errant propre à la période marquant la fin des guerres féodales. De l’homme restent quelques écrits - le Gorin-no-sho ou « Traité des cinq roues », qui nous est parvenu par une copie d’un disciple, l’original n’ayant jamais été retrouvé, est le plus connu, le récit d’une soixantaine de combats - singuliers, ou au cours de batailles - des peintures et calligraphies, qualifiées de plus ou moins talentueuses selon les critiques, et un parcours exemplaire. À 12 ans, il défait un puissant guerrier, affirmant sa supériorité stratégique et manifestant l’héritage d’une transmission aujourd’hui encore en partie secrète. Combattant au service de seigneurs féodaux, il connaît les sièges et les champs de bataille, dont celle de Sekigahara (1600) qui marque la fin du système féodal.
Assignés à résidence, les seigneurs japonais du XVIIe siècle ne peuvent plus entretenir les coûteuses armées de guerriers, véritable caste, qui assuraient leur protection. Les combats se maintiennent dans la vie civile par l’entraînement, les gestes apprennent à ne pas tuer tout en conservant l’efficacité, et les techniques se raffinent au sein d’écoles. Musashi en connaît plusieurs avant de fonder la sienne, « Niten ichi-ryû, l’école des deux ciels réunis ».
Enfin, « la voie de l’action leur étant fermée, les adeptes du sabre vont intérioriser leur art avec la recherche de la voie, dô » sous l’influence bouddhiste. Musashi fera plusieurs retraites dans des monastères, et commence l’écriture du Gorin à l’âge de 60 ans dans une grotte où il passera ses dernières années, dans la tradition érémitique zen.
En écrivant Miyamoto Musashi : l’homme et l’œuvre, mythe et réalité, Kenji Tokitsu, maître de karaté et de la voie du sabre, né en 1947, installé en France depuis 1971, a choisi un chemin médian. Loin de verser dans le romantisme qu’un tel personnage pourrait faire jaillir, il émet de nouvelles hypothèses en réunissant analyse des textes et connaissance personnelle des limites du langage dans la transmission de ces arts. Ses éclairages multiples sur les usages perdus de l’ancien japonais pointent avec finesse les aspects aujourd’hui obscurs de l’œuvre-vie. Le mystère des origines de Musashi et de son apprentissage - aurait-il été adopté ? d’où lui vient la transmission de l’art du sabre si son père était décédé avant sa naissance ? - se réinterprète lorsque s’intègre dans la lecture du Gorin-no-sho « qu’il existe en ancien japonais une sorte de rythme dans l’écriture », privilégiant la force émanant de ce rythme plutôt que l’exactitude des dates ou des mesures. Lecture poétique des « rouleaux » du maître, en fidélité à l’esprit des guerriers de l’époque, qui, selon le premier décret militaire de la période Edo (1603-1867) : « doivent s’adonner principalement à la pratique des arts martiaux et aux lettres. »
Dans un vaste panorama en trois temps, Kenji Tokitsu réinterprète l’œuvre, questionne la vie et la légende, prouve l’actualité de Musashi et de son enseignement : « la frappe d’une seule cadence », par l’intégration « des tensions diagonales ». Accorder le maniement du sabre à la marche naturelle de l’homme. Suivre l’enseignement de Musashi, au-delà du cénacle restreint des disciples, c’est comprendre comment « tenir le sabre avec le principe du maniement parfait est synonyme de s’accorder au principe universel. » Étre au plus proche de ses dimensions, de ses subtilités, utiliser non pas la force pure mais l’ensemble du mouvement du corps - jusqu’à savoir « deviner l’adversaire ». De cette pratique et des entraînements qu’elle requiert naît la capacité à « maintenir et lâcher » dans une alternance subtile que les descendants des guerriers ont adaptée au commerce des affaires, appliquant les règles de la stratégie des samouraïs : « Être rapide et efficace, être vigilant vis-à-vis de l’entourage, connaître la substance et son usage, connaître le niveau haut, moyen et bas de l’énergie ambiante, savoir donner un élan, et connaître les limites des choses. »
On pourra regretter, outre la densité typographique du texte - quasiment sans marge - et la prolifération de notes, que l’ouvrage pour cette réédition (la première version a été donnée par les éditions Désiris en 1998), n’ait pas été rendu plus accessible par un allégement de l’appareil critique et universitaire - le livre émane de la thèse de l’auteur -, et la résolution de la cohabitation entre deux types de lectures. Traité historique, sociologique et parfois très technique, il s’adresse, pour une vaste partie, plus aux adeptes du budô - des arts martiaux japonais - qu’au lecteur de littérature. Restent l’intérêt de découvrir les innombrables détails et réflexions dont Kenji Tokitsu a parsemé son texte, comme autant de liens renoués avec une histoire perdue, et les pistes pour une pratique quotidienne et réfléchie de la voie de la stratégie.

Miyamoto Musashi
Kenji Tokitsu
Points-Seuil « Sagesses », 559 pages, 13,50

Dompter l’esprit Par Lucie Clair
Le Matricule des Anges n°91 , mars 2008.
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