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Domaine étranger Procédure romanesque

avril 2008 | Le Matricule des Anges n°92 | par Jérôme Goude

Dialogue réflexif entre Imre Kertész et un alter ego intrépide, « Dossier K. » explore les impasses de la gestation d’une œuvre inestimable.

Un adolescent vif et un brin naïf est arrêté à Budapest, puis projeté dans le système concentrationnaire nazi ; un homme-fantôme lutte contre le gel d’un état « fonctionnel » dans l’espoir vain de recouvrer son destin : György Köves. Un adolescent âgé de 15 ans est arrêté à Budapest, puis déporté à Auschwitz ; un homme rencontre son destin par la force d’une écriture à la fois soumise et rétive au joug stalinien : Imre Kertész. Quels rapports secrets (ou fictifs) entretiennent l’antihéros d’Être sans destin et du Refus et le prix Nobel de littérature 2002, son auteur ? Voilà le malentendu littéraire que le savant dialogue de Dossier K. dissipe et nourrit.
Dans un entretien accordé à l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, Imre Kertész récuse le statut confortable de victime en précisant que les « innocents sont ceux qui sont morts. Mais celui qui a survécu ne peut tout simplement pas être complètement vierge de ce qui a sali l’ensemble de l’humanité. » Cette humanité retorse, complexe, est porteuse d’un savoir douloureux dont Dossier K. recense maints témoignages, au nombre desquels émergent ceux de Jean Améry, Tadeusz Borowski, Primo Levi, Jorge Semprún et Paul Celan. L’expérience de ces écrivains a ceci de commun avec celle du prosateur hongrois qu’elle mêle volonté de mémoire et exigence de l’écriture. Pourtant, Imre Kertész, qui refuse le terme d’Holocauste du fait de son étymologie suspecte et dit travailler « tout le temps sur » son identité et la perdre, se distingue par l’intransigeance d’une œuvre tournée non seulement vers l’impératif historique, mais aussi, surtout, vers l’avènement culturel et réparateur du « mythe d’Auschwitz ».
Alors qu’Imre Kertész avoue n’avoir qu’ « une seule identité, l’écriture », ne posséder qu’un « je » comme une fiction dont il serait plus ou moins le « coauteur », Dossier K. revêt les formes d’une apparente confession autobiographique. Aurait-il cédé à la curiosité de Zoltán Hafner, l’ « ami et éditeur » qui, a priori, serait l’interlocuteur privilégié de l’énigmatique Dossier ?
Au gré des questions insistantes de ce disciple d’un genre particulier, Kertész redessine le parcours vertigineux d’une existence dont Auschwitz constitue le point mort, le point zéro, et l’écriture, l’impensable origine. En effet, même s’il évoque des souvenirs antérieurs à la Shoah - une mère qui « montait avec son étoile jaune sur la « plateforme arrière du tramway » comme le voulait le règlement », un grand-père paternel arrivant « pieds nus » à Budapest ou le « grand bol de café au lait avec du pain azyme émietté dedans » -Kertész est conscient que l’absurdité des dictatures totalitaires, leur « légère stylisation à la Kafka », fait de l’homme un errant sans visage, un « exilé dans la futilité ».
Bien qu’il se perçoive comme le parasite d’une société hantée par les noms indésirables de Miklós Horthy et János Kádár, qu’il soit contraint, pour subsister, de vendre sa plume à quelques journaux ainsi qu’à la scène vaudevillesque hongroise, Imré Kertész s’immerge dans l’écriture « honteuse » d’Être sans destin assumant ce qu’il appelle l’ « accomplissement d’une catastrophe, une sorte d’autopunition ». Ainsi, nourrie par des lectures clandestines (Thomas Mann, Albert Camus, Baudelaire, Giorgio Agamben, etc.), soucieuse de sa « propre vérité au lieu de La vérité », une œuvre parmi les plus exigeantes va s’écrire. Une œuvre intense qui, quoi qu’elle puise aux sources du vécu, n’en affirme pas moins son droit à l’ « ignorance », à la « faillibilité » et à la contradiction. Parce que le « monde de la fiction est un univers souverain qui naît dans le cerveau de l’auteur et obéit aux lois de l’art, de la littérature. »

Dossier K.
Imre Kertész
Traduit du hongrois par Natalia
Zaremba-Huzsvai
et Charles Zaremba
Actes Sud
201 pages, 19

Procédure romanesque Par Jérôme Goude
Le Matricule des Anges n°92 , avril 2008.
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