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Domaine français L’odeur du monde

septembre 2008 | Le Matricule des Anges n°96 | par Richard Blin

Roman de toutes les fanges et de tous les fastes, l’Éducation libertine de Jean-Baptiste Del Amo est déjà l’œuvre de nuit d’un futur grand.

Une éducation libertine

Premier roman peut-être, mais vrai tempérament d’écrivain. Il a du culot, du panache, ce Jean-Baptiste Del Amo. C’est un prolixe, un exubérant, un obsédé textuel. À 26 ans, fort de son approche émotionnelle du monde, il nous offre 450 pages d’un roman vénéneux, suffocant, ruisselant de pulsions, de sensations, d’odeurs. Ça sent la tripe et la merde, les corps transpirants et le sexe encrassé, la boue mais aussi les parfums jaillissant « de la froissure des taffetas ». Une véhémence, une outrance en phase avec le thème, l’éducation libertine de Gaspard, un « fils de rien, produit de l’emboîtement d’une femme-truie et d’une ombre sévère ». Un garçon de ferme, un éleveur de cochons qui, pour fuir le « ronronnement fangeux du quotidien » et un univers d’humiliations, arrive à Paris, à 19 ans, en 1760. Il va y connaître une vie de crève-la-faim, comme débardeur, d’abord, des trains de bois flotté qui arrivent sur la Seine. « En tous sens le bois se détachait, les bûches frappaient les bûches en un tumulte de cris, de geysers d’eau glauque. (…) La boue violait sa bouche, son nez, descendait en goulées dans son estomac, aveuglait ses yeux. » Baptême infernal dans les eaux du « Fleuve » - un Styx drainant tous les damnés de Paris, et abritant les noces inavouables de l’organique et de l’innommable. Dénuement, désespoir, infamie qu’atténuera à peine la situation d’apprenti chez un perruquier. Le haillonneux, le ténébreux, le naufrage de la chair, les agonies lentes et solitaires, les prostituées - « gorgones vêtues de linceul et d’impudeur » -, rien ne nous est épargné de l’immense puzzle de drames et de perversités qu’est le Paris des bas-fonds et des bordels, où erre un Gaspard cherchant désespérément à échapper à sa condition.
« Rien craindre de la mort et tout oublier de la morale ».
Dans ce Paris où la bourgeoisie côtoyait le peuple et où « la crasse s’ornait d’un liseré d’or », il rencontrera le comte Etienne de V., un de ces libertins à la mode, « d’une politesse qui plaît aux hommes, d’une prévenance qui émeut les femmes. » Un athée, revenu de tout. « Nous ne sommes plus les demi-dieux, les intouchables. Le peuple exige des comptes, bientôt nous devrons lui en rendre. Nous serons jugés, puis condamnés au nom de la morale. Jusqu’à la Cour. Le temps des seigneurs se termine. » Un de ces roués qui éblouissent et fascinent, se font un jeu de tout, ne pensent qu’à se rendre maître de l’autre avant de l’avilir et de l’abandonner. Face à cet ensorceleur, qui lui paraît pourtant aussi inquiétant que « le Fleuve », Gaspard cède, fond, se soumet. Il lui fera le don aveugle de son être et de son corps et voudra lui ressembler. « Sachez que pour vivre comme je vis, si c’est là votre ambition, il ne faut rien craindre de la mort et tout oublier de la morale. »
Le giton deviendra donc arriviste, étendra son empire sur ceux dont il se sert pour parvenir mais n’atteindra jamais le détachement nécessaire pour exister vraiment dans le monde. Se sentant illégitime, il finira par se détester jusqu’à se maudire.
Un roman d’apprentissage donc, d’une belle âpreté. Un parti pris de réalisme, une passion des formes et des détails qui relèvent d’une véritable ambition littéraire même si Jean-Baptiste Del Amo pèche encore par excès de richesse (quelques effets à atténuer, quelques symboles à estomper). Mais sa façon de maîtriser un univers, d’imposer ses visions, de donner à sentir l’impalpable mystère des abîmes intérieurs, montre un talent certain, et son voyage au centre de la nuit des âmes et des corps est un livre qui, par ses excès mêmes, répond aux exigences les plus secrètes de la littérature.

Une éducation libertine de Jean-Baptiste Del Amo
Gallimard, 448 pages, 19

L’odeur du monde Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°96 , septembre 2008.
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