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Domaine français Le bon samaritain

septembre 2008 | Le Matricule des Anges n°96 | par Lucie Clair

Trois ans après Magnus, la nouvelle livraison de Sylvie Germain laisse un goût d’entre-deux.

Ce pourrait être un événement de la rentrée littéraire, Goncourisable - car Sylvie Germain est dotée d’un grand talent, enclos dans les pages joyaux de Jours de colère (prix Femina 1989), L’Enfant méduse (1992), Tobie des marais (grand prix Jean Giono 1998)… mais aussi parce que L’Inaperçu est simple d’accès, explicite - correspondant en cela aux canons du temps. Et c’est peut-être ce qui suscite un sentiment partagé de lecture, quand on a tant aimé ses précédentes livraisons. Certes, on retrouve dans cet opus la pierre d’angle de son architecture, l’intrigue et la richesse des personnages sont au rendez-vous - et sa capacité à les faire basculer, d’un simple revers de page, pour nous en offrir « d’autres angles morts dans l’esprit des hommes, d’autres zones négligées, méconnues, et bien plus prodigieuses. »
Car en chaque être réside son contraire, et il n’est pas rare que l’on finisse par le rencontrer incarné par un Autre, jusqu’à se rendre compte, par la grâce de la compassion, que la différence n’est pas si forte. De ce noyau d’humanité commun à chacun, peuvent jaillir des trésors de compréhension qui aident à vivre. « Elle est une femme pressée, tendue (…) poussée aux reins par un vent sec et froid. Lui, il se sent plutôt ballotté par un vent gris et mou. » Elle, Sabine, est une veuve courageuse qui mène de front son rôle de mère et la conduite de l’entreprise de son mari dans une ville de province à la fin des années 1960. Lui, Pierre, est un saltimbanque au cœur doux affublé du déguisement d’un Père Noël, qui s’intègre comme homme à tout faire dans la famille Bérynx au grand dam du patriarche Charam, père amer et autocrate du défunt. De cette jonction improbable, les enfants de Sabine sont les premiers bénéficiaires. Dans la détresse laissée par le deuil, les colères tues, le handicap, l’incompréhension d’un destin, l’influence bienveillante de Pierre Zébreuse s’infiltre dans les esprits et dans les cœurs. Ouvrant la voie à de multiples révélations, reconnaissances, renaissances. Insensiblement, sa douceur a tracé une voie pour chacun - à l’instar du bon samaritain, tel un « Jésus le Bœuf » surmontant les préjugés et les différences pour aider son prochain - sans rien demander en échange. Comme lui, il disparaît, laissant chacun cicatriser ses plaies - retournant aux siennes, demeurées cachées.
Hymne à la vie et à la réconciliation avec ses fantômes - « les morts ont cessé de saisir le vif, de le lester et de l’entraver, c’est le vif qui a embrassé les morts et les a délestés, dépêtrés de leurs maux. » - L’Inaperçu explore comme les livres précédents « la bête très archaïque tapie au fond du cerveau des humains, et qui s’épanouit dès qu’éclate une guerre, une révolution, un désastre. » Mais avec une narration qui reste à mi-chemin entre roman et essai, empreinte de métadiscours, émaillée de digressions philosophiques malheureusement édulcorées, qui chez cette ancienne élève de Lévinas et essayiste admirable sont surprenants. L’aigreur du patriarche Charlam n’en apparaît que plus tronquée : « les humains sont inconséquents, quand ils sont enfin libres, ils prennent peur, ne savent que faire de cette énormité, c’est trop pour eux, cela exige trop d’efforts, à commencer par celui de réfléchir, de choisir, et d’agir en assumant la pleine responsabilité de leurs actes. »
On se retrouve alors parfois un peu en panne dans ce roman enchevêtré et dont les situations et personnages - telle la scène de l’assouvissement de ses fantasmes par la tante Edith ou les doutes du photoreporter Henri, laissent perplexes, tant ils se déroulent au pas de charge, au discours indirect. Distancié.

L’Inaperçu de Sylvie Germain
Albin Michel, 294 pages, 19

Le bon samaritain Par Lucie Clair
Le Matricule des Anges n°96 , septembre 2008.
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