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Domaine étranger Histoire de fous

septembre 2008 | Le Matricule des Anges n°96 | par Delphine Descaves

Se pencher sur son passé, c’est convoquer à la fois le burlesque et le dramatique. Un roman bouillonnant du Danois Morten Ramsland.

Le narrateur, Asger Eriksson, ouvre son récit par un présent qui donne le vertige : « quelque part dans l’est de l’Allemagne, mon grand-père est en train de courir sur une plaine. Les Allemands sont sur ses talons, et il a perdu une chaussure. » Que se serait-il passé si ses grands-parents, séparés par la période nazie, ne s’étaient finalement retrouvés ? Si Askild, le grand-père, n’était pas rentré du camp de Buchenwald en Norvège, après avoir sauvé sa peau dans des circonstances particulièrement difficiles à assumer moralement ? Dès l’ouverture du roman, le narrateur évoque cette brûlure dans la vie du jeune homme et le traumatisme qui le tient souvent éloigné des joies de la vie, comme ces premières nuits avec sa femme, où le souvenir des brutalités de ses bourreaux l’empêche de se laisser aller, le poursuivant encore avec « les deux chiens de sang hurlants pour réveiller Askild, toutes les nuits, à trois heures et demie, pendant maintes et maintes années ». Ce « fil ténu », Asger le déroule comme une pelote et c’est, à partir d’Askild et de Bjørk, toute l’histoire familiale qui vient, avec ses tragédies et ses cocasseries.
Qu’est-ce qui relève de la vérité, et de la légende ?
Le couple donne le ton : jeunes gens violemment épris l’un de l’autre alors qu’ils sont issus de milieux sociaux différents, ils ont cassé l’avenir bourgeois et tranquille qui s’annonçait pour la jeune Bjørk, promise à un certain Thor, jeune médecin ennuyeux qui pour conquérir sa belle, se livre à de laborieux tours de magie. Éconduit, ce dernier connaîtra pourtant sa revanche sur Askild quelques années plus tard… Bjørk et Askild quittent la ville natale de la jeune Norvégienne, mais Morten Ramsland prend le lecteur au piège de la belle histoire d’amour romantique : très vite, Askild est dépeint comme un être difficile, alcoolique, piètre amant et personnage colérique, vouant sa jeune épouse à de nombreuses frustrations. De leur union naissent trois enfants, dont Niels, dit Feuille de Chou, le père du narrateur, ainsi surnommé à cause de la taille disgracieuse de ses oreilles, Knut le petit dernier, et Marie Katherine, dite La Merdeuse, enfant retardée mentalement qui devient une grosse dame à l’affectivité débordante, folle d’un de ses neveux. On suit Niels de son enfance à l’âge adulte et même à sa mort ; de ses premières amours malheureuses comme avec cette aguicheuse Marianne Qvist et ses « jeux érotiques avec son nounours vert », qu’il retrouvera pourtant, bien des années plus tard, à son mariage avec Leila, qui est l’occasion pour le narrateur de raconter la branche maternelle. Enfin il descend encore d’une génération et l’on fait plus ample connaissance avec lui et sa sœur Stinne.
Il est impossible de résumer un récit aussi foisonnant, la biographie de ses nombreux personnages et le fourmillement de ses anecdotes. Le plus intéressant - au-delà de la forme et des rebondissements propres à la saga - est, en filigrane, ce que le livre dit des origines et du déroulement de chaque roman familial : comment les générations se suivent, mais aussi se chevauchent et parfois cohabitent ; et qu’est-ce qui, dans ces histoires transmises, relève de la vérité, et de la légende ? Les existences individuelles défilent, désordonnées, un peu absurdes, suggère Ramsland dans une langue riche, prosaïque, souvent drôle. Malgré quelques longueurs sur l’ensemble - un peu trop touffu - l’image baroque et loufoque de cette famille nordique séduit et emporte.

TÊte de chien de Morten Ramsland
Traduit du danois par Alain Gnaedig, Gallimard, 437 p., 22,50

Histoire de fous Par Delphine Descaves
Le Matricule des Anges n°96 , septembre 2008.
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