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Poches Sainte tequila

novembre 2008 | Le Matricule des Anges n°98 | par Camille Decisier

Dans une campagne mexicaine à l’abandon, l’armée révolutionnaire et l’Église se disputent le contrôle d’un faux prophète.

La Révolte de Guadalajara

Guadalajara ne fut pas toujours ce qu’elle est aujourd’hui, la deuxième plus grande ville du Mexique. Avant de dépasser les quatre millions, ses habitants ne furent qu’une poignée. Elle abritera en 2010 le prochain musée Guggenheim, mais elle compta longtemps parmi les villages les plus pauvres et les plus obscurantistes du pays, à la croisée du fanatisme monothéiste importé d’Espagne et des anciennes croyances païennes en déclin. « Guadalajara, les révolutionnaires s’en moquaient. Ça se trouvait tellement loin de toute vie, que ça pouvait rester arriéré, endormi et réactionnaire. » Ignorée par l’agitation politique qui s’empare du reste du Mexique, la ville croupit dans sa propre indolence, vaguement persuadée que le Seigneur finira par venir à sa rescousse. En guettant l’intervention divine, le corps épiscopal noie son angoisse messianique dans la tequila de second choix. Jusqu’au jour où un étranger, vitrier à demi-vagabond, est pris pour cible par l’immonde prêtre Tarabana, qui l’affuble d’une étole pourpre et le présente à tous comme le Christ réincarné.
La mystification fonctionne à plein, grâce à la soif spirituelle générale. Le fanatisme qu’elle déclenche est opportunément récupéré par le mouvement révolutionnaire ; on manipule le faux prophète afin de le faire parler de renaissance nationale, de la reconquête d’une identité ethnique, d’une conscience d’appartenance aux civilisations déchues. Voici l’ambiguïté centrale sur laquelle pivote la réflexion sociopolitique de Slauerhoff : dans un pays à forte croyance mystique, les chefs d’une insurrection quelle qu’elle soit ne peuvent compter sans le facteur religieux. Ils règlent donc la parole politique sur le baromètre de l’exaltation populaire. La révolte est forcée, proclamée par un élément externe revêtu de toutes les parures de la piété.
Dernier ouvrage connu de Slauerhoff, La Révolte de Guadalajara reprend le thème - traversant - de l’échec : les initiateurs de la révolution, une fois qu’elle est enclenchée, ne savent plus qu’en faire. Désorganisée, et surtout sans réel fondement, elle finit par se mordre la queue ; rapidement la question se pose de l’évacuation du faux Rédempteur qui devient alors « El engañador », le trompeur. Destitué, il est condamné par l’hystérie collective à une fin atroce, une crucifixion ratée qui le laissera infirme.
Slauerhoff
le visionnaire

Slauerhoff fut longtemps médecin de marine entre les cinq continents. Sa singularité est, par conséquent, d’avoir décrit avec précision des contrées dans les ports desquelles il ne fit que s’arrêter. Écrivain de l’instinct, il excelle à échafauder des récits à résonance historique et aux thèses plausibles, mais dont le contexte est ancré dans le légendaire. Il est visionnaire en particulier concernant le Mexique qui, dans les années 20, était effectivement tel qu’il nous le présente : à la fois obsolète et décadent, corrompu et dévot, révolutionnaire et obscurantiste. Pourtant, l’absence volontaire de dates pour baliser le texte le rend mythique, intemporel, et surtout pas péremptoire. À saluer également, l’excellente préface de Cees Nooteboom qui aborde avec intelligence les difficultés de la traduction, s’agissant notamment d’une œuvre poétique comme celle de Slauerhoff et d’une langue aussi nébuleuse que le hollandais.
Slauerhoff est considéré aux Pays-Bas comme l’un des plus grands poètes romantiques. Mort de la tuberculose en 1936, à 38 ans, il ne nous a laissé que quelques recueils de poésie et de nouvelles, dont très peu ont été traduits et plusieurs sont restés inachevés. « Quand on fait la révolution, le temps passe plus vite que d’habitude », est-il écrit quelque part dans Guadalajara.

La Révolte de Guadalajara de Jan Jacob Slauerhoff - traduit du hollandais par Daniel Cunin, Circé poche, 158 pages, 8

Sainte tequila Par Camille Decisier
Le Matricule des Anges n°98 , novembre 2008.
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