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Domaine français Une âme incarcérée

novembre 2008 | Le Matricule des Anges n°98 | par Jérôme Goude

Journal d’une prisonnière insoumise, Suis-je encore vivante ? de Grisélidis Réal dévoile la beauté lyrique d’une femme lucide.

Suis-je encore vivante ?

Si Le Noir est une couleur (Folio, 2007), récit chronologiquement antérieur à Suis-je encore vivante ?, relate le quotidien d’une prostituée à la fois libre et soumise à l’impératif de survie, il évoque aussi son dénouement fatal. Le 2 janvier 1963, Ronald Rodwell est arrêté pour stupéfiants puis enfermé à la prison militaire américaine de Dachau. Contre les conseils de son amant, Grisélidis Réal cache chez elle un reste de drogue dans une sacoche de toilette. Un lundi, son « dernier lundi », suite à une trahison, deux flics font irruption et découvrent ces quelques grammes de marijuana. Commence alors une expérience inédite de l’enfer carcéral dont Suis-je encore vivante ? porte les traces sombres et lumineuses. En Allemagne, le « plus dégueulasse des pays », là où l’ « innocence ne paie pas », Grisélidis Réal attend, faim au ventre, livre ou stylo bille en main, le jour de son jugement. Du « fond de l’abîme de l’abandon », elle s’apprête à affronter ceux qui, dès qu’ils aperçoivent « un défaut à la cuirasse de leur victime », crient un « grand haro d’indignation, de peur qu’on aperçoive le leur. »
Un pays où l’innocence
ne paie pas.

Quand, le 2 avril 1963, Grisélidis Réal amorce l’écriture de Suis-je encore vivante ?, après seulement six semaines de préventive, le désespoir se chosifie. Il semble former bloc avec le morne alignement des cellules de la prison pour femmes de Munich. De profundis, chaque objet prend de fait des « allures menaçantes » ; l’angoisse croît. Qu’on ne se trompe pourtant pas, celle qui deviendra l’une des plus ferventes activistes militant pour la reconnaissance des droits des prostituées, ne désarme pas. Malgré la cruauté des gardiennes, la faim, Interpol, la « protection des mineurs », Grisélidis rechigne à devenir une « vraie prisonnière », une esclave de la loi. Elle veille à ce que sa cellule déploie le « plus grand désordre possible », à ce que tout « ait l’air vivant, et que l’atmosphère tzigane soit conservée ». L’essentiel étant de ne pas fermer la « porte aux possibilités », de rejoindre « en pensée » Rodwell, ce « Dieu nègre à la peau braisée et calcinée, au parfum d’orchis et de gingembre, au sexe comme un grand lys noir ».
À mille lieux des garants de la probité morale et des « artistes boucanés », Grisélidis Réal (1929-2005) lègue un texte où s’exprime une authentique « fraternité de la souffrance ». Celle qui fut surnommée la « catin révolutionnaire » esquisse le profil d’une kyrielle de codétenues : Evi, la brigande blonde, les « inévitables lesbiennes », la Baronne, « petite souris tendre et brune », Gerlinde, femme « d’une grande noblesse, tragique », etc. Entre la lecture de Dostoïevski, de Nietzsche ou de Dante, la pratique du dessin, le Cinéma - cette « haute fenêtre fermée par six barreaux où ne paraît qu’un carré de ciel tantôt gris, tantôt bleu, tantôt noir » -, elle se lie d’amitié avec une rescapée des camps de concentration nazis et fomente un livre révolutionnaire.
Par-delà bien et mal, parce que la « vertu est parfois la consolation et la justification de la laideur », ce journal délivre le chant poétique et politique d’une femme éprise de beauté. Une femme qui, lasse du Blanc, cette « merde impuissante », imagine la « terre comme une immense fête nègre, avec des danses, des musiques, des amours royales »

Suis-je encore vivante ? de Grisélidis Réal
Verticales, 204 pages, 18,50

Une âme incarcérée Par Jérôme Goude
Le Matricule des Anges n°98 , novembre 2008.
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