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Poésie Diamant brut

novembre 2008 | Le Matricule des Anges n°98 | par Marta Krol

D’une écriture inépuisable de beauté, le poète libanais Issa Makhlouf déploie un chant qui célèbre la finitude.

Lettre aux deux soeurs

Merveille que ce petit livre grave et intense. Livre sur l’amour, sans doute ; voire sur plusieurs amours, car un filigrane de deux histoires amoureuses sous-tend ces douze chapitres bien équilibrés et marqués d’un subtil érotisme : « Des fleuves éternels et provisoires filtrent d’entre tes cuisses croisées comme pour la prière. Et quand tu les ouvres en inspirant profondément, puis quand tu les soulèves comme si tu escaladais l’air, ce dernier gagne en éclat et transparence ». Un effet de surprise, annoncé néanmoins par le titre, est même réservé au lecteur qui ne s’attend guère à un suspense, tant il est comblé par le simple déroulement de la délectable écriture d’Issa Makhlouf. Poète, prosateur et traducteur, déjà traduit en français (à noter surtout un volume de poèmes à la même officine en 2004), ici il emprunte à divers genres littéraires (récit épistolaire, chant, poème, journal) pour librement varier de registres et pouvoir se placer au plus proche de sa pensée farouche et vagabonde. Pensée qui tantôt s’empare d’objets du monde tels que les pierres ou la photographie, à travers des méditations où chaque segment de phrase est une découverte ; tantôt s’envole dans des hommages amoureux qui vous laissent sans voix ; ou bien se cherche patiemment à travers tel souvenir persistant mais encore compact dans sa forme d’un vécu non articulé ; ou encore rend compte d’une perception particulièrement marquante : « Silence incommensurable. Comme lorsque nous entendons le bruit du marbre se craquelant et le roulis du temps au-dessus d’un corps assoupi en sa splendeur ».
Une sagesse intime et amère, nullement
désespérée.

Aussi celui qui dit « je » examine-t-il de multiples aspects de sa manière d’être au monde, sur un mode de l’interrogation bien plutôt que de l’assertion. C’est tout autant un livre sur la mort, ou sur la finitude, qu’un livre sur la vie. Celle qui s’incarne dans les menues contingences journalières (une visite chez sa mère, une promenade dans Paris, un spectacle à l’opéra) et celle, force impérieuse, qui nous traverse et nous dépasse en son mystère : « la vraie vie n’a pas encore commencé et (…) son avènement ne fait pas l’ombre d’un doute ». Car si tout n’est pas métaphysique et abstraction dans ces pages étonnantes, les passages hautement spirituels et spéculatifs ne sont pas rares ; et on ne peut que saluer le fluide passage, sinon l’intrication, de la dimension concrète, sensible sinon sensuelle, du monde, et celle que les sens n’appréhendent pas mais qu’ils devinent : « Des doigts atteignant la perfection partaient de la paume en direction du large pour en configurer le fini et l’infini ».
Surtout, on l’a dit, l’écriture d’Issa Makhlouf est-elle entièrement habitée par une lucidité tragique et calme quant à l’impermanence de toute chose humaine, et notamment de l’amour. Il le dit sans emphase et sans complaisance : tout dégénère et tout s’en va. « Nous n’avions plus qu’une hâte, celle de voir partir l’autre. (…) Celui qui était, juste un instant auparavant, l’incarnation de la beauté, du salut et de l’étonnement, devient aussi insupportable que la présence parmi nous d’un cadavre ». Loin de toute illusion et cliché, nourri d’une intimité entretenue avec les plus grands textes (dont la Bible) et œuvres, voilà un discours qui livre magnifiquement une sagesse intime et amère, mais nullement désespérée. Car il importe de se « persuader de la validité des choses éphémères ».
Si bien que tout est ici splendeur et majesté, écriture altière qui va par afflux rythmés, maîtrisés en longueur, et travaillés de métaphores sobres et justes, jamais décoratives mais au contraire convoqués comme manière unique de faire advenir un sens.

Lettre aux deux sœurs de Issa Makhlouf - Traduit de l’arabe (Liban) par Abdellatif Laâbi, José Corti, 127 p., 17

Diamant brut Par Marta Krol
Le Matricule des Anges n°98 , novembre 2008.
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