La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
BP 20225, 34004 Montpellier cedex 1
tel 04 67 92 29 33 / fax 09 55 23 29 39
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Vous inscrire sur ce site Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Informations personnelles

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Domaine étranger Péril en la demeure

mars 2009 | Le Matricule des Anges n°101 | par Yves Le Gall

Kathryn Davis nous fait découvrir les tragiques fissures qui menacent le fragile assemblage de nos obsessions, de nos illusions et de nos rêves.

Si l’on en croit James Joyce que cite Kathryn Davis, « Dieu a fait l’aliment, le diable l’assaisonnement ". Aux enfers, l’étonnant roman de cette Américaine est construit autour de mystérieuses correspondances entre l’art culinaire, nos demeures terrestres et l’au delà. La pâtisserie, art éminemment plastique, ne confère-t-elle pas au pâtissier un statut d’architecte concevant de véritables maisons de sucre ? La magie culinaire, pour créer ce qui n’existait pas, s’apparente à œuvre d’alchimiste. Mais n’est-ce pas qu’une rêverie, une utopie de pâtissier ? Car vous aurez beau ériger les plus merveilleuses maisons de farine et de beurre, comme toutes les constructions humaines, elles seront tôt ou tard, englouties, détruites et en plus vous ne réussirez même pas à « échapper à l’influence de la maison où vous êtes né ». Comme cette maison de la banlieue de Philadelphie où vivent dans les années cinquante Edwin et Dorothée et leurs deux filles dont l’une est anorexique. Cette maison a abrité au XIXe siècle Edwina Moss une experte en management domestique dont la fille s’était laissée mourir de faim. Pas étonnant que Dorothée soit victime de l’obsession de tout nettoyer.
Kathryn Davis réussit à créer de surprenantes passerelles entre les époques par l’unité d’un lieu et la référence permanente à Antonin Carême, chef cuisinier de Napoléon. C’est autour de cette maison et de ce personnage que les temps, les situations se croisent, se répètent, se confondent dans une déconstruction faite de narrations. Cette apparente complexité est estompée par la qualité de l’écriture de Kathryn Davis, très sensuelle, nourrie d’images, d’odeurs et de sons, brossant d’insolites tableaux surréels relevant souvent de l’innocence enfantine. À l’image de cette souris qui parle. À l’image de cette maison de poupée. Est-ce vraiment un jouet ? Cette maison de poupée n’est-elle pas plus réelle que la vraie maison qui la contient ? « Quand on y pense notre monde est bien mieux vu d’en haut ou à travers une fenêtre ». Changements incessants de perspective, de regard, comme si le premier coup d’œil était toujours insuffisant et qu’il fallait un peu lumière pour regarder à l’intérieur de la maison - et y distinguer par exemple les non-dits familiaux. Importance des fenêtres, les petites « telles des étoiles lumineuses », les grandes « telles des bouches grandes ouvertes ». Ces fenêtres qu’elles s’ouvrent sur l’extérieur ou sur l’intérieur créent un espace propice à la circulation de toutes les énergies. Le toit nous protège de la pluie, mais c’est par la fenêtre de la cuisine que la tempête s’engouffrera apportant le malheur. Le lendemain on retrouvera le corps sans vie de Joy, l’amie de la fille d’Edwin et Dorothée… Joy dont le cou est brisé comme celle de la poupée de porcelaine au « visage lisse et blanc comme neige ». Blanches, les sculptures pâtissières dont Antonin Carême décorait la table de l’empereur, blanc le bois de la maison de poupée. Blancheur illusoire qui ne pourra jamais effacer le réel. Faim d’une nourriture toujours plus pure, comme si l’on pouvait se nourrir d’air et de lumière. Effort incessant pour tenter d’élucider ces mystérieux rapports entre le corps et l’âme et leurs nourritures respectives. Mais effort voué à l’échec par la révélation d’une noirceur primordiale, moment où la neige devient cendre et où la maison prend feu. De longues phrases interminables, comme si le flux destructeur était trop puissant et la volonté humaine à jamais impuissante. C’est sans doute cela… l’enfer. Un roman prodigieusement inventif sur la maîtrise illusoire de tout ce pour quoi nous œuvrons : « Tôt ou tard la maison aura raison de toi »

Aux enfers de Kathryn Davis
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Alice Seelow, Stock, 239 pages, 19

Péril en la demeure Par Yves Le Gall
Le Matricule des Anges n°101 , mars 2009.
LMDA papier n°101 - 6.50 €
LMDA PDF n°101 - 4.00 €