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Domaine étranger Faux en écriture

mai 2009 | Le Matricule des Anges n°103 | par Yves Le Gall

Dans une langue mêlant dérision et inventivité, Gilbert Sorrentino dénonce les artifices du rêve américain.

La Lune dans son envol

Les personnages des nouvelles de Gilbert Sorrentino se ressemblent tous. Intellectuels, artistes ou écrivains vivant dans de grandes villes comme New York ou San Francisco, ils sont à jamais figés dans une uniformité faite des mêmes aspirations naïves et du même conformisme affligeant. Décédé en 2006, Sorrentino est surtout connu pour son roman Salmigondis et son œuvre qualifiée de « méta-fiction ». L’édition de ce recueil de vingt nouvelles qui couvrent plus de trente ans de sa vie révèle un virtuose des variations, se jouant des formes en d’inépuisables rebonds de phrases et de mots. La première nouvelle qui est aussi celle du titre de l’ouvrage, « La lune dans son envol », nous montre deux jeunes amoureux s’embrassant avec fougue. « Le son d’une radio dans une voiture dans la fraîcheur des nuits, mémoire collective américaine ». Rien de plus qu’un cliché. « Maintes et maintes fois », reprend plus d’une centaine de phrases mot à mot de cette romance. Le sens initial est ainsi totalement brouillé. Sorrentino se fait lui-même falsificateur pour exprimer « les entrelacs de mensonges » dans lesquels ses personnages sont pris au piège. Au fil de ses nouvelles, il joue également tous les rôles, tour à tour mari, amant ou simple observateur de couples qui se font et se défont. L’écrivain intervient constamment pour expliquer scrupuleusement les techniques littéraires dont il se sert. « Je me flatte en partie d’avoir amélioré l’histoire, ce qui est peut être une autre façon de dire que j’en ai fait une représentation typique « américaine », bien qu’il me soit difficile de définir ce que je veux dire par là ». Ses personnages ont des vies de somnambules. Ils sont englués dans les résidus d’un rêve où ils continuent de se perdre. « Les nuages roses », « les conneries à paillette », « le faux chèvrefeuille et les nuits de l’Alabama », se répondent en écho. Tout ce « glamour préfabriqué » construit de niaiseries nostalgiques ne correspond plus à rien. L’aliénation est partout présente, surtout dans l’entreprise : « maintenant je porte la chemise blanche, tu vois, ce que je veux dire, la, chemise blanche… et en plus amidonnée ». Mais pour finir chômeur. Peut-on jamais se dégriser de tels « rêves cocktaileux ? » L’humour est caustique, fait de décalages incessants qui deviennent angoissants à force de traduire l’inaptitude des êtres à s’ouvrir à la connaissance de « choses magnifiquement ordinaires et essentielles ». Mais la profusion dans laquelle excelle Sorrentino, de combinaisons, de répétitions, d’énumérations, d’interrogations ne présente pas toutes les garanties d’une appréhension crédible de la réalité. L’excès de focalisation conduit à une impression de flou. Mais n’est-ce pas un magistral moyen d’exprimer « la fausseté absolue » de ce qu’il décrit ?
Si l’écriture de Sorrentino court le risque de l’incohérence, c’est bien parce qu’elle reflète un monde lui-même privé de cohérence. Dans « La Mer prise dans les roses », un papillon désœuvré se transforme en « moussaillon » lui aussi désœuvré. Et la jolie scène rassurante se pervertit par les simples mécanismes du langage en une véritable orgie. Tout finit par se gâcher, se salir. À l’inverse de la dernière nouvelle du recueil « Ces choses qui ont cessé de se mouvoir » : Sorrentino parle de son père sicilien vêtu d’un costume blanc pariant qu’il marchera sur le pont d’un cargo crasseux « sans qu’une seule tache d’huile, de saleté ou de rouille ne souille ses vêtements ». Cette pitoyable fanfaronnade d’un père voulant s’intégrer à la société américaine suscite plus de compassion que de sarcasme. Le féroce rejet de la sensiblerie de pacotille n’exclut pas une grande sensibilité.

La Lune dans son envol
Gilbert Sorrentino
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Bernard Hoepffner
Actes Sud, 320 pages, 22,80

Faux en écriture Par Yves Le Gall
Le Matricule des Anges n°103 , mai 2009.
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