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Domaine étranger Amours en vers

juin 2009 | Le Matricule des Anges n°104 | par Thierry Guinhut

En quelques centaines de sonnets, à l’ombre de Pouchkine, le romancier indien Vikram Seth brosse la Californie des yuppies.

Quelle double gageure ! Écrire, puis traduire un roman en vers… Le lecteur contemporain s’attend à quelque chose de compassé, de solennel et d’ennuyeux, bourré des clichés scolaires de l’imitation des genres disparus. Pourtant, la magie narrative et poétique opère.
Certes, l’écrivain indien Vikram Seth, né en 1952, qui se fit connaître par une immense saga pleine de perspicacité, Un garçon convenable, publiée en 1995, conçut en 1986 ce premier roman en pensant à un autre roman versifié, icône de la littérature russe : Eugène Onéguine. Comme chez Pouchkine, prosaïsme et élan poétique se mêlent avec finesse dans Golden gate, mais il ne s’agit en rien d’une servile réécriture. À l’instar de son modèle, qui contait l’amour contrarié du jeune aristocrate oisif éponyme et de Tatiana, le lyrisme s’empare des aventures de jeunes Californiens à la recherche du grand amour au pied de la porte dorée de San Francisco. Mais à partir de là, tout sépare les deux poètes. On croise l’inquiétude et l’enthousiasme d’une jeunesse qui travaille, manifeste contre le nucléaire, cherche l’âme sœur avec force images actualisées : « Et le Dow Jones de mon cœur est au plus bas », ou « Toi seul es le DJ de ton précieux destin ».
John, « yuppie » employé dans l’informatique, est le personnage moteur au cœur d’un quintette. Janet, son ex, sculptrice, lui concocte une petite annonce (en vers bien sûr) grâce à laquelle il va rencontrer Liz. Les voilà amoureux, « esclaves d’Eros ». Cette dernière a un frère, Ed, qui révèle son homosexualité latente à Phil pour une autre lune de miel. C’est à peu près tout pour l’intrigue. Mais à force de détails attachants et réalistes, d’impressions et de réflexions, ce monde prend chair au point de constituer un portrait fort réussi d’une génération californienne, mais aussi de son humanité. L’humour côtoie le sérieux, le lyrisme omniprésent est à petites touches, parmi mille choses vues (y compris les graffitis autoroutiers), sans que l’ennui pointe jamais son nez froid. L’ironie, douce et parfois cruelle, permet à l’auteur d’éviter une sentimentalité qui aurait pu choir dans la niaiserie. Un clin d’œil au grand genre épique se glisse lorsque le chat de Liz nommé Gengis Khan défend son territoire, tandis que l’iguane d’Ed s’appelle benoîtement Schwarzenegger. Le pathétique sourd de manière imprévue à l’occasion d’une pub qui « Vante les attraits du motel Cucaracha : / « Cafards, vous qui entrez, laissez toute espérance »/ On dirait la morale de mon existence ! », parodie d’un vers bien connu de la Divine comédie, au fronton de l’Enfer. La satire s’aiguise à l’occasion d’une soirée qui réunit parents et amis. Imaginez de plus un excès de vitesse versifié, une élégie de Phil à sa femme aimée qui l’a laissé avec son fils, pourtant guigné par une « Militante acharnée dont la cause est la paix »… Un sommet est atteint lorsque Phil et Ed font l’amour et que « l’austère censure » écrase les vers du poète qui doit « remplacer la scène déchaînée / Que j’espérais t’offrir par le présent sonnet ». C’est entre bonheurs et drames, « familles recomposées » et grossesse heureuse, entre réalisme et poésie que pour Vikram Seth se jouent « Liberté et contrainte : ainsi triomphe l’art ! ».
Comme André Markowicz traduisant en strophes de quatorze vers rimés le chef-d’œuvre de Pouchkine, le titanesque Claro s’est attaché à restituer les 594 sonnets de Seth en alexandrins rimés. Si l’on n’a pas entre les mains le texte original, on peut néanmoins s’extasier devant la prouesse, devant la légèreté et la gravité mêlées d’un texte fluide, musical. Et comme l’auteur a offert la dédicace de ses « sonnets tyranniques » à l’écrivain Timothy Steele en vers, ainsi qu’une biographie express du même souffle, Claro ajoute un sonnet qui est la « Note du traducteur » dans laquelle il justifie son travail, ses libertés avec l’original, non sans préciser : « Mais la langue pour moi est tout sauf un caniche ». Qui sait si Seth et Claro ne vont pas contribuer à lancer une mode bien rafraîchissante…

Golden Gate de Vikram Seth - Traduit de l’anglais (Inde) par Claro, Grasset, 352 p., 20

Amours en vers Par Thierry Guinhut
Le Matricule des Anges n°104 , juin 2009.
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