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Domaine français Noires effractions

juin 2009 | Le Matricule des Anges n°104 | par Richard Blin

Retour sur trois textes fondateurs de l’œuvre fantasmatique, hérétique de Claude Louis-Combet, et ses liens avec la littérature spirituelle.

La Sphère des mères

Grand siècle d’atopie

Illustration(s) de Ernest Pignon-Ernest
Editions Galilée

Et si chaque existence relevait d’un signe obscur cristallisant le chiffre d’un destin et l’orbe de ce qui doit être ? C’est en tout cas le sentiment que donne la lecture de La Sphère des mères, un volume regroupant les trois textes-pivots qui décidèrent de l’œuvre de Claude Louis-Combet : Infernaux Paluds (1970), Voyage au centre de la ville (1974) et Mère des croyants (1983). Trois fictions - trois phases d’une initiation à l’impact de l’absolu dans le contingent -, trois étapes sur le chemin de la conquête d’une forme esthétique capable de prendre en charge les proliférations fantasmatiques d’un monde intérieur se cherchant des échos dans les marges des légendes et des mythes.
On sait le désastre métaphysique et affectif que fut la perte de la foi pour Claude Louis-Combet. Exclu de l’adoration, interdit de prière et déchiré dans ses aspirations intimes, il lui fallut se reconstruire. Infernaux Paluds relève de cette nécessité. Véritable répertoire des sensibilités et des expériences d’enfance et d’adolescence de l’auteur, il célèbre la sacralité de la Terre, de l’eau et de la Femme, « première et absolue ». Sur douloureux fond d’inceste inaccompli, c’est un voyage dans les arcanes de la chair, une dérive imaginaire dans le fascinant labyrinthe des vertiges du mal et du péché. Un premier roman où se chevauchent aventure spirituelle et aventures personnelles, mais qui contient déjà, la totalité de l’œuvre à venir. On y trouve, par exemple, l’image de l’Androgyne primitif, l’une des visions d’une nonne hérétique, Antoinette Bourignon (1616-1680), qui est à l’origine de l’écriture de Mère des croyants, le premier essai de mythobiographie - procédé consistant à s’approprier les aberrations d’une figure élue, en la renforçant de toute la puissance des propres productions fantasmatiques du narrateur. Expérience intérieure totale brassant tous les désirs de fusion et nourrie des mythes de la Terre-Mère, de la maternité virginale et des rites archaïques de la fécondité. Mais ce qui permit cette première expérience d’osmose et de symbiose, c’est Voyage au centre de la ville. Quittant l’impasse où le menait l’autobiographie, Louis-Combet y renonce au réalisme psychologique, au profit des archétypes de l’imaginaire collectif et des constructions nocturnes de la culture onirique. Retour aux sources, quête de l’état fusionnel primordial, qui passe par cet opérateur d’extase qu’est la Femme dont l’incarnation allie le plus sacré au plus trivial. Texte viscéral et humoral culminant dans un anéantissement qui n’est que plénitude.
Infernaux Paluds, un labyrinthe des vertiges du mal et du péché.

Véritable kaléidoscope d’images au flamboiement ténébreux, l’œuvre de Claude Louis-Combet, saturée d’affects et de vécu spirituel a su trouver dans les écrits mystiques du XVIIe siècle, une source de résonance. Grand Siècle d’atopie, qui rassemble un choix des préfaces qu’il a données à des ouvrages publiés dans la collection « Atopia », des éditions Jérôme Million, nous permet d’en découvrir quelques-uns. Des textes atopiques (« est atopique celui qui brouille les repères et déstabilise la perception et le jugement ») riches de leur épaisseur d’excès et d’absolu, et relevant de « l’hagiographie perverse ». Comme l’Histoire des Flagellants ou De l’abus des nudités de gorge, de Jacques Boileau, le frère de Nicolas, traitant du corps sujet de scandale ; ou comme les écrits d’Etienne Binet sur le corps souffrant ou diminué par la maladie et les infirmités. Ou ceux de Jean Pierquin mobilisant tout son savoir sur l’œuf pour expliquer le miracle de la conception divine dans le sein de la Vierge. Ou comme la vie de Louise du Néant, jeune fille d’excellente noblesse qui, se croyant damnée dut être enfermée à la Salpêtrière avant de se mettre à soigner les malades dont elle léchait les plaies et dévorait les ordures. Ou Jeanne Guyon dont l’écriture s’offre « dans la plénitude des plis et replis d’une chair passée en phrase et en musique ». Ou chez Antonio Gallonio recensant dans son Traité des instruments de martyre, toutes les techniques de supplice et de mise à mort utilisées pour mettre à mort les premiers chrétiens.
Un fil court de ces œuvres à celle de Claude Louis-Combet. Celui des bornes palpitantes du corps, des degrés de l’ensauvagement érotique et du rythme voluptueux de l’écriture quand elle creuse les irradiations de nuit du désir. Une langue de feu travaillée par l’onirisme et les mots grisés d’abîme d’un insatiable désir de possession et d’adoration.

Claude Louis-Combet La Sphère des mères José Corti, 672 pages, 30 et Grand siÈcle d’atopie (avec des dessins originaux d’Ernest Pignon-Ernest), Galilée, 184 pages, 30 e. À lire aussi, Visions visitations passions, une série d’études et d’hommages consacrés à l’œuvre de Claude Louis-Combet, sous la direction de Stéphanie Boulard, Corlevour, 320 pages, 24

Noires effractions Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°104 , juin 2009.
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