La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
BP 20225, 34004 Montpellier cedex 1
tel 04 67 92 29 33 / fax 09 55 23 29 39
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Vous inscrire sur ce site Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Informations personnelles

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Essais Contre la moraline

juillet 2009 | Le Matricule des Anges n°105 | par Thierry Cecille

La diversité des genres littéraires a offert une « fabuleuse puissance de variation » à des écrivains que les problématiques éthiques préoccupèrent : de Montaigne à Genet, onze études en témoignent ici.

Pensée morale et genres littéraires

Le 25 août 1857, Baudelaire se voit condamné pour Les Fleurs du mal ; Flaubert, lui, poursuivi pour Madame Bovary, plus habile et surtout mieux protégé socialement, a été acquitté en février. Le 18 octobre, cependant, Baudelaire n’hésite pas à publier dans L’Artiste un éloge circonstancié du roman. On y trouve cette formule marquante : « Une véritable œuvre d’art n’a pas besoin de réquisitoire. La logique de l’œuvre suffit à toutes les postulations de la morale, et c’est au lecteur à tirer les conclusions de la conclusion. » Le roman est en effet le lieu privilégié d’une interrogation (ou d’une accusation) sur la portée morale (ou immorale) de la fiction. Aussi Flaubert revendique-t-il une « recherche incessante du Vrai rendu par le Beau » - mais la neutralité du narrateur comme l’indécidabilité du discours indirect libre ne facilitent pas la tâche du lecteur et, en quelque sorte, le forcent à être juge - si le cœur lui en dit. Déjà, au XVIIe siècle, les premiers apologistes des romans n’hésitent pas à en appeler à Saint Augustin et à y voir des « figures de la vérité » (et il est savoureux, en ces jours, de découvrir ici la défense de La Princesse de Clèves par Mme de Sévigné…). Plus près de nous, dans ses passionnants Carnets de la drôle de guerre, Sartre tente de comprendre ce que signifie pour lui la lecture de telles œuvres (il se passionne pour le Jean-Christophe de Romain Rolland (!) ou Terre des hommes de Saint-Exupéry) : d’après lui nous faisons l’expérience, dans ces pages, de la mise en forme d’un « destin » ou d’une « sorte de réalité humaine générale » qui nous propose un « sens » existentiel. Le genre romanesque est bien, ainsi que le montre Barbara Carnevali dans une belle étude plus théorique, un « observatoire des mœurs », un « laboratoire expérimental étudiant la phénoménologie de la vie humaine dans ses formes multiples ». Mais les essais rassemblés ici explorent d’autres genres qui, précisément, s’efforcent de s’inventer dans un rapport oblique, ambigu ou paradoxal, à la morale - désirant éviter à tout prix ce poison de la traîtresse « moraline » que Nietzsche poursuivra de sa haine. Genet, par exemple, place la question de son propre rapport au mal au cœur de son œuvre (qu’il s’agisse des romans, des pièces ou de l’indécidable autofiction que constitue le Journal du voleur), il dit chercher à créer des « chants » et procède pour cela à « l’application d’un langage somptueux à une existence qui cherchait assidûment l’opprobre » (Maël Renouard). Montaigne, lui aussi, dans les Essais (et le titre lui-même, programmatique, annonce bien en quoi son entreprise est une tentative risquée) propose une sorte de mise en relation infinie, toujours recommencée, des différentes morales pratiquées par la diversité des sociétés humaines - et son Credo pourra bien être, à l’issue d’une telle enquête : « Distingo est le plus universel membre de ma logique. » Mais un tel relativisme éclairé est à mettre au compte, également, de La Fontaine. Une étude passionnante nous montre ici que le fabuliste, bien différent de l’image de l’instituteur au propos univoque de l’école républicaine, est en vérité un maître du soupçon (comme ses contemporains La Rochefoucauld et La Bruyère inventant, eux aussi, pour parvenir à leurs fins, des formes nouvelles). Ses fables présentent en effet le plus souvent, sous leur déguisement naïf voire enfantin, des « jeux ironiques », des « opérations subtiles affectant de l’intérieur la logique et la rhétorique » du genre. Voici donc, en quelque sorte, salvateur en ces jours de propagande plus ou moins dissimulée, un manuel de savoir-lire entre les lignes.

Pensée morale et genres littéraires
Sous la direction de Jean-Charles Darmon et Philippe Desan, PUF, 215 pages, 25

Contre la moraline Par Thierry Cecille
Le Matricule des Anges n°105 , juillet 2009.
LMDA PDF n°105 - 4.00 €