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Domaine français La remontée des eaux

juillet 2009 | Le Matricule des Anges n°105 | par Thierry Guichard

Avec une économie de moyens qui fait sa signature, Hubert Mingarelli pousse son embarcation au plus près de l’amitié masculine quand elle est de l’amour. Avec pudeur et délicatesse.

Les livres d’Hubert Mingarelli sont souvent de constitution fragile. La narration s’y avance entre silence et murmure, humble et délicate. Rien de plus beau que les premières pages de La Promesse pour dire cela. On y voit Fedia partir un peu avant l’aube sur son bateau avec lequel il va traverser un lac et remonter une rivière. Il le fera d’abord avec les avirons pour ne pas brusquer la nuit : « (…) en montant à bord pour la première fois, il avait provoqué une houle minuscule. Elle allait lentement vers le centre du lac. Et dans les roseaux et les joncs où elle était déjà, il y avait ce mouvement maintenant. Il ne s’arrêterait plus avant la nuit prochaine » (…) L’émotion pourrait être comme l’onde. Une image du passé peut ainsi courir à la surface de notre mer intérieure et ne plus nous laisser en repos. Fedia remonte vers la source de la rivière sur son petit bateau et cela suffit pour remonter le cours de sa vie, ressusciter Vassili l’ami rencontré « à l’école des mécaniciens de la flotte » aux bords de la Baltique. Ces deux jeunes hommes se sont rencontrés là comme ces amants que la grande littérature transforme en mythes. Leur amitié est fragile comme la surface du lac, elle n’a droit à aucun mot explicite pour se nommer elle-même. Alors ramant à travers le lac aujourd’hui, Fedia se souvient des gestes d’avant, de cette façon avec laquelle par deux fois Vassili avait accéléré le pas alors qu’ils marchaient épaule contre épaule, pour se retourner, marcher à reculons et le regarder dans les yeux. C’est presque un geste d’amour que ce geste-là, mais » amour ", justement fait partie des mots interdits.
Dans sa traversée du lac, Fedia fait des rencontres : un pêcheur, un vieillard plus tard. Ce sont des hommes seuls sous l’aube naissante. Fedia emporte avec lui une petite boîte emplie de cendres. Il a laissé son fils à la maison pour faire ce pèlerinage seul. Et trouver seul l’endroit adéquat où rendre les cendres à la nature. Il est un homme seul, alors, lui aussi.
Hubert Mingarelli alterne les deux temps de la narration. Au présent, c’est le parcours de Fedia sur son bateau. Quelque chose d’initiatique au bout de quoi l’homme découvrira peut-être la nature du sentiment qu’il refoule. Au passé, c’est l’histoire de cette amitié au sein d’une école et d’un pays rude et froid, les instants de complicité où l’enfance bat encore dans les veines des deux hommes. À la fréquentation d’un bordel où les autres élèves apprennent à naviguer vers l’âge adulte, Vassili et Fedia préfèrent des bivouacs sous la lune glacée et explorer dans le silence de leurs paroles ce qui les lie si intimement. Si l’on retrouve à nouveau des éléments éparpillés dans l’œuvre déjà conséquente de l’écrivain, l’écriture pousse jusqu’au plus près de sa source, ce moment où l’on peut croire ne plus jamais être seul. On apprécie plus particulièrement ici cette qualité du regard posé sur la nature, la précision des détails qui désigne la cristallisation d’une expérience intime. D’infimes moments rapportés ici dans une justesse d’écriture qui renforce la portée de ce qu’on lit. Ainsi lorsque Fedia tente de se souvenir des autres élèves : « Et pour la première fois depuis très longtemps, il se rappelait les autres élèves mécaniciens. Mais d’une façon étrange. Chacun d’eux avait quitté l’école avec un nom et un visage. Puis les noms avaient quitté les visages qui, l’un après l’autre, avaient ensuite quitté sa mémoire. Et aujourd’hui il ne restait plus rien. »
À la révélation du final (à peine dite, seulement suggérée), Fedia aura déposé au crépuscule ce qui à l’aube chargeait plus que son embarcation : son cœur et sa vie tout entière.

La Promesse de Hubert Mingarelli
Seuil, 137 pages, 16,50

La remontée des eaux Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°105 , juillet 2009.