La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
BP 20225, 34004 Montpellier cedex 1
tel 04 67 92 29 33 / fax 09 55 23 29 39
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Vous inscrire sur ce site Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Informations personnelles

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Essais Au bord du silence

septembre 2009 | Le Matricule des Anges n°106 | par Thierry Cecille

Qu’est-ce qui peut rapprocher Ernaux et Emaz, Perec et Duras ? Tentative de mettre au jour une forme d’écriture, ennemie de la rhétorique, modeste et entêtée.

Comme pour nombre de slogans politiques (pensons, par exemple, à la « fracture sociale »), il arrive que des concepts philosophiques ou esthétiques doivent leur succès au flou, à l’indétermination qui leur est propre. En 1953, Barthes - encore débutant mais pas hésitant pour autant, désireux de s’inventer une voie/voix entre Sartre et Blanchot - met en avant, dans Le Degré zéro de l’écriture, la notion d’ « écriture blanche ». Contre l’écriture « bourgeoi- se » et son faste rhétorique, certains écrivains - le Camus de L’Etranger ou encore Cayrol - feraient le choix de l’absence d’ostentation, d’une parole délibérément appauvrie, éloignée de toute métaphore, prosaïque - plus apte à dire le monde désenchanté et absurde des lendemains d’Auschwitz et d’Hiroshima. L’épithète vaut pour sa plurivocité : la blancheur peut-être synonyme de matité mais aussi de splendeur éclatante - ou encore d’innocence. Régulièrement, après Barthes, d’aucuns auront donc recours à cette étiquette, parfois avec justesse, parfois de manière hâtive.
La trentaine d’essais réunis ici (accompagnés de quelques entretiens et correspondances bienvenus) ne parvient pas vraiment à élucider la notion elle-même - mais là n’est pas l’essentiel : c’est à l’exploration de certaines tentatives ici rapprochées pour l’occasion que nous sommes conviés, et la précision des études comme les échos qu’elles suscitent entre elles font le succès de cette entreprise. Ainsi pouvons-nous mieux comprendre, par exemple, la portée du travail d’Annie Ernaux, désirant, depuis La Place (en 1983), parvenir, par le choix de « l’écriture plate », à unir l’autobiographie et la sociologie, à être en quelque sorte « l’ethnologue de soi-même » - et l’on peut observer en regard le travail de Sophie Calle, qui, de son côté, allie la photographie et l’écriture (en une sorte, donc, de « photo-textualité » ) pour une exploration de l’intimité dans les jeux du miroir qu’est l’objectif. Duras, elle, disait être parvenue à une « écriture courante », propre à « laisser souffler le vent du livre », comme s’il s’agissait de laisser s’écrire une parole toujours déjà là, en un mouvement qui déborderait la littérature. Une recherche semblable, la volonté de trouver des mots aux bords de l’extinction de voix et de l’indicible, se décèlerait aussi bien - outre l’œuvre inaugurale en ce sens, proprement « lazaréenne », de Cayrol - dans l’écriture « ascétique » d’Henri Thomas (une belle étude ne peut que nous inciter à (re)lire son mystérieux Promontoire) que dans « l’imaginaire anti-lyrique » des poètes un temps rassemblés sous la bannière d’Orange Export Ltd. (Daive, Hocquard, Albiach…). Une convaincante étude de génétique textuelle de L’Etranger montre comment Camus, à partir de la première version qui avait pour titre La Mort heureuse, parvint à transformer « un roman classique en troisième personne et passé simple-imparfait », en un roman bien plus surprenant « dont l’énonciation narrative est entre l’écrit et l’oral et dont la temporalité est totalement flottante ».
Plus près de nous dans le temps, nous pouvons également découvrir le « réalisme précaire » que recherchent certaines œuvres dramatiques de François Bon (Au buffet de la gare d’Angoulême, Vie de Myriam C.) ou les résonances psychanalytiques des nombreuses figures complexes de la blancheur dans les poèmes ou les romans d’Henry Bauchau… Pour tous, en définitive, ce « détour vers la simplicité » (Blanchot à propos de Camus), cette « intention de pauvreté » (Emmanuel Hocquard), cette « esthétique soustractive » serait une forme de résistance - non pas une voix qui suffoque mais « une voix qui s’obstine et s’acharne dans la traversée ruineuse de la polyphonie des discours, dans leurs rythmes contrastés » (Dominique Rabaté).

Écritures blanches - Sous la direction de Dominique Rabaté et Dominique Viart
Publications de l’Université de Saint-Etienne, 366 pages, 25

Au bord du silence Par Thierry Cecille
Le Matricule des Anges n°106 , septembre 2009.
LMDA papier n°106
6.50 €
LMDA PDF n°106
4.00 €