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Poésie L’esprit aventureux

novembre 2009 | Le Matricule des Anges n°108 | par Richard Blin

Mystérieuse, mal comprise, hautaine, la poésie de Stefan George (1868-1933) est grande par son échec.

Poésies complètes

Hauteur de ton, sacralisation du pouvoir du mot, prosélytisme, et bientôt prophétisme, l’œu- vre poétique de Stefan George a suscité bien des malentendus et n’est quasiment pas connue en France. D’où tout l’intérêt de l’édition bilingue de ses Poésies complètes. Quand paraît Hymnes, à Berlin, en 1890, George a 22 ans, et rentre de cette France qu’il aime (son grand-père était lorrain) et où il a trouvé une jeunesse fervente réunie dans le culte du vers, autour d’un maître vénéré, Mallarmé. Une mystique de l’art pur que le symboliste solitaire qu’il est, va tenter d’introduire dans son pays. Agité de passions déçues et se peignant sous les traits d’un pèlerin ascétique, il réussit à fédérer quelques amis, en compagnie desquels il célèbre le pouvoir créateur et l’union du divin et de l’humain, dans la lignée du lyrisme antique de Hölderlin. Des vers à l’« harmonie austère », qui détonnent et ouvrent une voie neuve dans laquelle s’engouffreront Hofmannsthal, Rilke, Benn, Celan. Parallèlement, dans les Feuilles pour l’art, revue qu’il a fondée, il donne des traductions de Mallarmé et des Fleurs du mal, et publie Algabal, un recueil réunissant tous les thèmes de la décadence et du symbolisme, et évoquant la figure de l’empereur romain Héliogabale - qui étouffait ses convives sous les roses - et vivait muré au milieu du jaspe et de la nacre, des joyaux et des baumes, dans son palais souterrain, où il cultivait la fleur noire du sexe et du sang.
Mais devenu le maître à penser d’une confrérie de purs, George va s’éloigner de cette Antiquité dans laquelle il se complaisait - « Ce jeune corps aux charmes inaltérés / Il faut l’enduire de lait et de vin à la lune nouvelle / Et de la demi-lune à sa lueur entière / Le lustrer dans un bain d’huile et de baume… » - pour renouer avec la tradition nationale. Abandonnant l’artificialisme, il cherche, dans L’Année de l’âme et Le Tapis de la vie, à ancrer sa poésie dans le vécu. Mais qu’il loue ses amis, dans Permettez ce jeu : vos ombres furtivement découpées pour l’ornement de la salle de ma mémoire, ou qu’il sanctifie Jean-Paul - « Tu es le guide dans la forêt des miracles / Le maître et l’enfant dans le semis de nos champs // Tu meus l’esprit lassé par des floraisons d’astres / Puis couches la folie sur de tendres coussins » - ne l’empêche pas d’être perçu comme un esthète cultivant l’art pour l’art, le dandysme et le scandale.
Travaillé par les idées du groupe des « Cosmiques » - des sectaires refusant la modernité en prônant le retour à d’anciennes valeurs - George va cesser de croire à un salut par l’éducation et se mettre à songer à des catastrophes régénératrices. Dans Le Septième Anneau - paru en 1907 et composé de sept sections de poèmes dont le nombre et l’organisation sont en rapport avec le chiffre sept -, il accumule les imprécations et appelle des cataclysmes expiatoires sur fond d’édification du mythe de Maximin, un jeune garçon, mort à 16 ans, qu’il avait rencontré, et dont il fait un demi-dieu tant sa beauté et ses dons poétiques l’avaient fasciné. Nouveau malentendu que ne fera qu’accentuer L’Étoile de l’alliance, des poèmes imprégnés d’ésotérisme et destinés au Cercle des intimes, mais qui, parus en 1914, furent lus comme un bréviaire de guerre. Idée de poète-guide qu’on retrouve dans Le Nouveau Règne (1928) où il célèbre l’Allemagne, seule héritière légitime de la Grèce.
Romantisme intellectuel, croyance en un monde n’existant que dans son imaginaire, orgueil, excès dans l’impiété comme dans l’affirmation, George a tout du « martyr saignant pour son Idée », comme il le dit de Mallarmé. Une œuvre dissonante dans son harmonie mais grande par son échec, tant est prégnant - sous l’angoisse du solitaire et l’appel au néant - le rêve de changer les âmes et le monde par la magie poétique.

Poésies complÈtes de Stefan George
Traduit de l’allemand, présenté et annoté par Ludwig Lehnen, La Différence, 832 pages, 49

L’esprit aventureux Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°108 , novembre 2009.
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