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Domaine français Le grand voyage

janvier 2010 | Le Matricule des Anges n°109 | par Richard Blin

C’est un nouveau mode de participation au monde qu’explore joyeusement le premier texte de Michel Guillou. Un périple vers l’absolu désaisissement.

Sur le bord de l’inaperçu

L’homme est une créature aventureuse qui rêve souvent d’une vie plus vaste. Déborder le réel, outrepasser les frontières, fuir ce qui fige et contraint. Partir ! Mais vers quel ailleurs ? Quel pays ? Michel Guillou semble en avoir déniché un, à qui ne manquait pour exister que d’être découvert. Il s’appelle Baldéa. Il y a séjourné, l’a parcouru, s’y est perdu, et en a profité puisque perdu pour renoncer à se chercher. « Celui qui s’abandonne échappe à ses propriétés, à ses pliures, à ses limites. Il se déguinde. Il se dénoue et se délie, devient ductile, il se découvre une fluidité sensitive. Il peut se glisser dans la trame des choses, capter la vibration volubile du monde. Tous les explorateurs inconnus ou fameux en allés vers les terres fabuleuses (…) ont su qu’il leur fallait s’y perdre pour enfin les découvrir, les déchiffrer et le connaître. »
De ce pays inapparent que délimitent d’invisibles frontières n’enfermant aucune possession, « ce qui les rend aussi sûres qu’infrangibles », Michel Guillou nous offre une sorte de portrait. Soixante-sept séquences pour nous faire découvrir quelques-unes des manières d’être et de vivre de ses habitants. Des choses observées, les notations d’un « explorateur d’existence » découvrant ces Baldéens qui ne se soucient nullement de métaphysique, « de l’acharnement chimérique que met l’esprit à s’éclaircir le Quant-à-soi, à se palper l’Entité, le Cogito ou l’Être-qu’est-ce. » Un pays où l’incertitude et l’enchevêtrement sont « la Grande Règle », où l’humanisme est une « liqueur ancienne que l’on juge insipide et que l’on sert dans une dentelle de cérémonies », où l’on refuse les montres au profit d’un temps « ondulant, un temps qui se surprend parfois lui-même par ses écarts, ses moments vagues, ses absences, ses raccourcis ». Et où l’on entretient d’étroites relations avec « les Incognitos », une population dont on ne sait presque rien sinon qu’ils sont imprévisibles, cultivent le goût du paradoxe, et que leur langage est celui « du détour et de l’inévidence ». Ici, la pensée n’est jamais concentrique. Car à Baldéa, la contradiction n’est pas un obstacle insurmontable, et la coupure entre l’idée et le réel n’existe pas. On peut ainsi trouver des piscines hydrofuges qui débarrassent leur propriétaire de toutes les contrariétés que peut provoquer l’eau, croiser des marchands de regards ou de gestes parfumés.
Une manière de « tâtonner dans l’insolite ».

Mais Baldéa n’est pas sans danger. Si l’on n’y prend garde, une Négation peut se dresser brusquement devant vous et vous sauter à la figure, comme l’Évidence, qui lorsqu’elle vous frappe, vous paralyse de transparence. Il faut aussi savoir que certains adjectifs sont pyromanes, qu’il existe dans ce pays, où l’on « s’enchapotte et se capite à tout propos », des chapeaux « constricteurs », grands amateurs de cervelle « chargée de sensations, d’idées, de souvenirs » et de ce « lait de palpitation » qu’ils adorent. Qu’il se produit parfois des tremblements de rire, des explosions de sarcasmes virulents ou des glissements de contresens qui obligent à « rationner l’expression » ou à décréter « le couvre-voix ». Mais le plus étonnant peut-être est le goût des Baldéens pour la « translusion », une sorte de « déplacement d’être ». C’est qu’ayant le moi souple et ductile, ils peuvent se glisser dans l’objet de leur choix et y loger. Une manière de « tâtonner dans l’insolite » et d’expérimenter des états d’être inédits.
Avec un vrai sens de la désorientation et un art évident du trouble, de l’humour et de l’ironie, c’est un petit livre des merveilles que nous donne Michel Guillou, une mini-encyclopédie des gestes invisibles, une grammaire de l’hybride, un éloge des métamorphoses spontanées. Mais un livre qui donne aussi à penser, qui nous incite à nous demander si nos certitudes ne sont pas pures folies.

Sur le bord de l’inaperçu de Michel Guillou
Gallimard, 182 pages, 19

Le grand voyage Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°109 , janvier 2010.
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