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Poésie Mises à mort

avril 2010 | Le Matricule des Anges n°112 | par Richard Blin

Que ne suis-je Catulle

Il a l’audace funèbre et le défi érotique, Jude Stéfan. Surtout quand il fait danser la grande nuit du vécu trépassé avec la triviale vérité.
Obstinément, par vagues de variations et de répétitions modulées, ce que ressasse Jude Stéfan, c’est l’inapaisable putrescence des choses humaines, l’acceptation résolue du pire, l’inconfort amer, la chair corrompue par le temps. On naît par hasard, on meurt par nécessité, en se souvenant de ferveurs dévoyées, de sœurs nubiles, de livres et de fleurs, d’yeux et d’épaules d’amantes à l’aube délaissées.
Poésie singulière, antilyrique, toujours en quête d’un registre inouï capable de traduire le rien de ce champ de ruines. Poésie malgré, écriture à contre-mort, façonnée à même la chair des mots, dans un face à face quasi tauromachique avec l’ennui, les rapetisseurs de désir, l’inconsolation, l’inexistence et ses poisons. Une manière de sentir, de voir, d’œuvrer sur la langue : la lame plutôt que l’âme.
Des poèmes travaillés, creusés par la vie, mêlant le sourire au sarcasme, le tendre au féroce, et se déclinant autour de quatre thèmes : Auto-portraits ; Contre-amours ; les 52 semaines ; Feuilles de plomb. À défaut d’être Catulle, qui mourut à 30 ans, chanta Lesbie, mania le coup de griffe et la caresse, conjugua la passion amoureuse à la passion de la langue, Jude Stéfan - qui lui ressemble comme un frère - se peint ainsi. « À tout j’aurai payé tribut / foulé les chaussées / connu les blessures / j’ai trié mes vêtements / étudié à la bougie voyagé / aux îles fortunées où / caresser les ânes n’ai / chassé que la femme / arpenté les places / traversé des ponts / hanté les dix Muses / mais guère banqueté / ni cru aux charmes / j’ai vomi sur les navires / admiré phares et éléphants / cultivé l’ortie / mangé mon pain / j’ai vécu trop seul / guère pesé sur la balance / du Temps ».
Poème écrit à l’eau-forte.
Vivre à la surface, comme glissent sur la peau les lèvres ou les mains ; mêler la vie rêvée à la vie vécue, citer les noms - parce qu’un nom c’est un corps, c’est l’inoubli, c’est reconnaître un peu de soi en l’autre. Dire la vérité animale du corps à corps amoureux ; se souvenir des dates, égrener l’éphéméride de la solitude et de l’angoisse, le chapelet des hantises, des amours. Louer le sexe-joie, le bonheur d’un corps de femme auprès duquel dérober à la Nuit un peu de lumière éternelle, rendre la chair à la chair. « qui rêva : Femme ! que lèvres / langue de reptile / seins d’incendie / fesses à Sodome / jambes de trapéziste au / sol qui s’écartent et / les Yeux ah les Yeux / des ciels des gouffres / où s’abîmer ? / Toi, toi-même si chaste au / chapeau paillé fleuri / yeux baissés / la Pudeur même / mais assaillie la nuit du démon / caressée aux jarrets / aux paupières baisées / Toi qui n’ignores tes orifices / et t’en va à mon bras / légère du printemps / par joie verte des prés ».
Une poésie pour lecteur actif. Lire Stéfan, c’est aussi le « réécrire » avec ce que l’on est, en doublant notre lecture avec nos propres souvenirs, notre propre mémoire sensorielle. Chaque début, ou presque, en est une invite - facilitée d’ailleurs par l’absence de majuscule à l’initiale du vers. « j’accours de mon enfance / vélo et brouette vers / votre prénom / susurré votre Voix / dans ce musée déserté… »  ; ou encore, au hasard, p. 63 : « depuis des âges je n’étais venu vers la mer / plus ne s’y perdaient mes cris mais / les drapeaux de plage claquaient encore / dans même sable s’enfonçaient les pas… »
Bien sûr, on trouve syntaxe plus violentée, plus précieuse - « jadis (…) / Dame quand je devant vous fus / sauvé m’auriez / mais ne cherchons que puant enfer… » - pour dire la haine (artiste) de soi, le temps qui nous transforme en tombe, le déphasage permanent entre « l’humaine ruine » et la « beauté d’un plaisir ». Le poème alors s’écrit à l’eau-forte, la matière verbale s’érode, l’ellipse règne, le poème se tord, grimace de tension ou se déhanche étrangement en proie aux vertiges non renoncés et à la Parole donnée au Cadavre.

Que ne suis-je Catulle de Jude Stéfan
Gallimard, 110 pages, 16,50

Mises à mort Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°112 , avril 2010.
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